RDC et Burundi renforcent leur coopération militaire face à la crise sécuritaire à l'Est

Guerre dans l’Est de la RDC : Kinshasa et Gitega affichent leur unité militaire face au M23
Photo: FDNB via Sosmediasburundi

Le vice-Premier ministre de la RDC en charge de la Défense, Guy Kabombo Muadiamvita, s'est rendu en visite officielle au Burundi le vendredi 21 juin 2024. Cette visite avait pour objectif de renforcer la coopération militaire entre Kinshasa et Gitega, confrontés à une crise sécuritaire persistante, notamment dans l'Est de la RDC. Au cours de son déplacement, M. Muadiamvita a participé à des discussions à huis clos. Ces échanges se sont concentrés sur la sécurité des frontières partagées par les deux nations, les défis sécuritaires régionaux et les moyens d'intensifier la collaboration entre les forces armées des deux pays. Cette rencontre s'inscrit dans un contexte de tensions croissantes et de la nécessité pour les États de la région des Grands Lacs de coordonner leurs efforts face aux groupes armés qui déstabilisent la paix et la stabilité régionale. La délégation congolaise, dirigée par M. Muadiamvita, a souligné l'importance de cette coopération bilatérale pour faire face aux menaces communes.

Visite et discussions bilatérales

Guy Kabombo Muadiamvita a été reçu par la ministre burundaise de la Défense, Marie Chantal Nijimbere, le mardi 26 mai 2026, marquant un jalon important dans le renforcement des liens militaires. Lors de cette rencontre, les deux parties ont validé le rapport détaillé des travaux de leurs experts menés sur une période de 48 heures, soulignant l'efficacité et la profondeur de leurs échanges. À l'issue des discussions, un communiqué final conjoint a été signé, scellant les engagements pris et les stratégies définies pour l'avenir de leur collaboration sécuritaire.

La visite du vice-Premier ministre congolais a été précédée d'un arrêt stratégique à Uvira, une ville importante du Sud-Kivu, située à la frontière avec le Burundi. Cette étape a permis de noter l'importance des enjeux frontaliers et la nécessité d'une coordination étroite sur le terrain. Des experts techniques des deux pays ont procédé à l'évaluation des axes de coopération bilatérale, ainsi qu'à la mise en œuvre de l'accord de défense signé le 6 mars 2023. Cette évaluation a porté sur les progrès réalisés et les défis restants dans l'application des clauses de l'accord, notamment en ce qui concerne le partage de renseignements, les opérations conjointes et la formation des troupes. Les discussions à huis clos entre M. Muadiamvita et Mme Nijimbere ont permis d'approfondir ces sujets, en se concentrant spécifiquement sur la sécurité des frontières partagées, les défis sécuritaires régionaux complexes et les modalités concrètes pour intensifier la collaboration entre les forces armées des deux pays. Ces échanges ont permis de définir des feuilles de route claires pour les prochaines étapes de cette coopération renforcée.

Au cours de son séjour, Guy Kabombo Muadiamvita a également rendu une visite émouvante à des soldats congolais blessés au combat et hospitalisés à Bujumbura, témoignant ainsi de la solidarité et du soutien de Kinshasa envers ses troupes engagées dans la lutte contre l'insécurité. Cet acte symbolique a renforcé le moral des troupes et a rappelé les sacrifices consentis pour la paix. Il s'est également rendu au siège de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL), une institution clé pour la promotion de la paix et de la sécurité dans la région. Il y a rencontré son secrétaire exécutif, le Dr Mubita Luwabelwa, avec qui il a échangé sur les dynamiques sécuritaires régionales et le rôle de la CIRGL dans la résolution des conflits. Cette rencontre a permis de réaffirmer l'importance des cadres multilatéraux dans la recherche de solutions durables aux problèmes de sécurité.

Contexte sécuritaire à l'Est

La crise sécuritaire persistante dans l'Est de la RDC est une préoccupation majeure pour la stabilité régionale, nécessitant une réponse coordonnée. Cette crise a vu le déploiement de dizaines de milliers de soldats burundais entre août 2022 et décembre 2025. Ces troupes ont été engagées aux côtés des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) et des groupes alliés contre le M23, un mouvement rebelle qui a repris les armes à la fin de l'année 2021, exacerbant considérablement les tensions dans la région des Grands Lacs. La présence de ces forces burundaises a été clé pour tenter de contenir l'avancée du M23 et de protéger les populations civiles.

Actuellement, le M23 contrôle plusieurs zones stratégiques dans l'Est de la RDC, notamment d'importants axes urbains et miniers, selon les rapports sécuritaires les plus récents. Cette occupation confère au groupe rebelle une influence significative sur l'économie locale et les routes commerciales, compliquant davantage les efforts de stabilisation. Le groupe rebelle est également associé à l'Alliance Fleuve Congo (AFC), une coalition dirigée par Corneille Nangaa, l'ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de la RDC. Cette alliance renforce la capacité du M23 à opérer et à étendre son contrôle dans la région.

La situation est compliquée par les accusations réciproques entre les États de la région, qui minent la confiance et entravent les efforts de coopération. Kinshasa accuse régulièrement le Rwanda de soutenir le M23, alimentant ainsi les tensions diplomatiques entre les deux pays. Ces allégations ont été un facteur constant de friction dans les relations bilatérales. Kigali, pour sa part, nie catégoriquement ces allégations et affirme que la RDC et le Burundi soutiennent les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé composé en partie d'anciens responsables du génocide rwandais. Ces accusations mutuelles créent un cycle de méfiance et rendent difficile la mise en place d'une solution régionale unifiée.

Un rapport d'experts des Nations Unies, publié en 2025, a mentionné la présence de plusieurs milliers de soldats rwandais aux côtés des rebelles du M23 dans l'Est de la RDC, corroborant en partie les préoccupations de Kinshasa et ajoutant du poids aux allégations de soutien extérieur. Ce rapport a été largement cité par les autorités congolaises comme preuve de l'implication rwandaise. Sur le terrain, des évolutions récentes ont été observées, avec le retrait du M23 d'Uvira en janvier. Le groupe s'est également retiré plus récemment de la plaine de la Rusizi, un mouvement qui pourrait potentiellement modifier la dynamique des affrontements dans ces zones clés et ouvrir de nouvelles perspectives pour les forces gouvernementales et leurs alliés.

Appréciations et engagements mutuels

Cette rencontre s'inscrit dans la volonté affirmée des présidents Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo de la RDC et Évariste Ndayishimiye du Burundi de renforcer les relations stratégiques entre leurs deux pays et de consolider une approche commune face à l'insécurité. Les efforts conjoints se sont manifestés par des actions concrètes sur le terrain. L'armée burundaise a notamment procédé à de nouveaux déploiements massifs via le lac Tanganyika en direction du Sud-Kivu, démontrant son engagement continu à soutenir les opérations de pacification dans l'Est de la RDC. Ces déploiements témoignent de la profondeur de la coopération militaire et de la détermination des deux nations à œuvrer ensemble pour la sécurité régionale.

Guy Kabombo Muadiamvita a exprimé sa gratitude sincère pour le soutien militaire du Burundi dans les opérations menées dans l'Est de la RDC. Il a également rendu un hommage appuyé aux soldats burundais tombés au combat, soulignant l'importance de leur sacrifice dans la lutte contre l'insécurité et pour la protection des populations. La collaboration entre les forces armées des deux nations est perçue comme un élément clé et indispensable pour la stabilité régionale, permettant une meilleure coordination des efforts et une efficacité accrue sur le terrain.

Marie Chantal Nijimbere a, pour sa part, qualifié la coopération bilatérale d'essentielle pour relever les défis sécuritaires communs auxquels sont confrontés la RDC et le Burundi. Elle a souligné que cette synergie est non seulement bénéfique mais absolument nécessaire pour garantir la paix et la sécurité durables dans la région des Grands Lacs, une région souvent sujette à l'instabilité. Les discussions ont réaffirmé la nécessité d'une approche coordonnée et multidimensionnelle face aux groupes armés et aux menaces transfrontalières, qui ne connaissent pas de frontières. Cet engagement mutuel à travailler main dans la main est considéré comme la pierre angulaire d'une stratégie régionale efficace pour contrer les forces déstabilisatrices.