Shombo : Les femmes et les jeunes face aux défis des services de base et des opportunités limitées

Dans la commune de Shombo, des femmes expriment des difficultés liées à l'accès aux services de base, notamment la longue distance séparant leurs domiciles des centres de santé. La population est également confrontée à une recrudescence de maladies liées à l'insalubrité, telles que la dysenterie et le choléra, en raison d'un manque d'accès à l'eau potable. Ces défis surviennent dans un contexte où la représentation féminine dans les structures administratives locales reste limitée. Au niveau de la commune, l'administrateur dispose de quatre conseillers, dont une seule femme. La colline de Gatabo est toutefois dirigée par une femme, constituant une exception notable dans cette dynamique.

Accès aux soins de santé

Les femmes et les enfants de la localité rencontrent des difficultés pour accéder aux soins de santé, en raison notamment de l'éloignement des infrastructures médicales et du manque fréquent de médicaments. Plusieurs habitants sont contraints de parcourir de longues distances pour atteindre un centre de soins. La commune de Shombo, qui compte 12 zones et 64 collines, est confrontée à cette problématique de répartition des services de santé sur son vaste territoire.

Esther Ntahinkuye a illustré cette situation en relatant son expérience. Elle a voyagé sur plus de quatre kilomètres afin de faire vacciner son enfant, mais a constaté l'absence de vaccins due à des ruptures de stock. Pour elle, le centre de santé le plus proche se situe à plus de trois kilomètres, rendant chaque déplacement ardu et incertain. Cette réalité affecte la capacité des familles à assurer une couverture vaccinale régulière et un suivi médical approprié pour leurs enfants.

L'accès aux services de santé est également compliqué par l'état des infrastructures routières. La route reliant le centre communal au reste de la province est actuellement en cours de réhabilitation. Ces travaux, bien que nécessaires pour l'amélioration à long terme, peuvent temporairement aggraver les difficultés de déplacement pour les populations cherchant à atteindre les rares structures de santé disponibles.

Défis de l'eau et de l'assainissement

Rose Nibitanga, habitante de Shombo, doit parcourir environ deux kilomètres chaque jour pour s'approvisionner en eau potable. Cette situation illustre les difficultés persistantes d'accès à cette ressource essentielle pour de nombreuses familles de la commune.

La commune de Shombo a pourtant aménagé et réhabilité au moins trente-six sources d'eau potable, des efforts qui visent à améliorer l'accès à l'eau pour la population locale. L'approvisionnement reste un défi majeur pour certains résidents, comme en témoignent les longues distances parcourues.

Un autre problème d'infrastructure concerne le secteur de la santé. La construction de l'hôpital communal est presque achevée, mais l'établissement n'a pas encore ouvert ses portes faute d'équipement. Cette situation prolonge la dépendance des habitants aux structures médicales éloignées et insuffisantes.

Les résidents de la colline de Kiguruka sont contraints d'utiliser l'eau des marais et des rivières pour leurs tâches domestiques, à l'exception de l'eau de boisson. Cette pratique expose les populations à des risques sanitaires, contribuant à la propagation de maladies liées à l'insalubrité dans la commune.

Dans un effort pour améliorer la qualité de vie et prévenir les conflits sociaux, les boissons alcoolisées en bouteilles plastiques ont été interdites sur une colline spécifique. Cette mesure a été prise suite à des querelles familiales récurrentes attribuées à leur consommation.

Inégalités sociales et foncières

Les inégalités sociales et foncières constituent un défi majeur à Shombo, où Séraphine Nicintije, mère de cinq enfants, est confrontée à un litige foncier. Sa famille allègue que la famille de son défunt mari lui a retiré ses terres cultivables. « J’ai décidé de porter l’affaire devant la justice afin que mes droits me soient reconnus », a déclaré Séraphine Nicintije. Elle a ajouté que « Les juges ont prononcé le verdict et m’ont attribué une parcelle ». Toutefois, ses beaux-fils auraient refusé de restituer la parcelle. Séraphine Nicintije a également reçu des menaces de mort de la part de ses beaux-fils. « J’ai passé toute la saison des pluies sans cultiver quoi que ce soit. Ils m’ont menacée de mort si jamais ils me voient cultiver dans cette parcelle », a-t-elle témoigné.

Dans un cas similaire, une habitante identifiée par ses initiales N.N. A rapporté que son mari l'avait abandonnée l'année dernière pour se remarier ailleurs, emportant tous leurs biens. « J’ai traversé des moments très difficiles. Je me rendais régulièrement au tribunal de résidence afin que justice soit faite car, il avait emporté tous nos biens et m’avait laissée seule avec les enfants », a expliqué N.N.

La mise en œuvre des décisions de justice pose également problème. Séraphine Nicintije s'est vu réclamer 50 000 BIF pour que les juges fassent exécuter la décision de justice en sa faveur. « Je suis pauvre. Les juges m’ont demandé 50 000 BIF pour venir faire exécuter le jugement, mais je ne dispose pas de cette somme », a-t-elle affirmé. Elle a ajouté : « Comme je n’ai pas les moyens financiers nécessaires, chaque fois que les juges viennent pour exécuter la décision, ils reçoivent des pots-de-vin et rebroussent chemin sans même arriver sur le terrain ».

Sur le plan de la gouvernance locale, Anastasie Nizigiyimana est à la tête de la colline de Gatara. Elle est la seule femme parmi les cinq leaders de colline élus. Trois zones de la commune (Rusi, Rusamaza et Nyabikere) sont dirigées par des femmes. Anastasie Nizigiyimana a souligné les défis auxquels elle est confrontée, y compris les préjugés : « On entend des hommes qui disent que les femmes sont incapables. C’est regrettable ». Elle a également évoqué une intervention récente : « Durant la matinée, je me suis occupée à traiter une situation où le mari avait enfermé son épouse pour le lyncher. Dieu merci, j’ai empêché le pire de se produire ».

La colline de Gatara, dirigée par Anastasie Nizigiyimana, fait face à une grave pénurie d'eau potable. « Sur cette colline, nous n’en avons pas. J’espère que le gouvernement le fera dans les meilleurs délais », a-t-elle déclaré. Le phénomène des unions libres est par ailleurs courant dans la localité. Anastasie Nizigiyimana a également relaté les tensions survenues après la réception de dix millions de francs, destinés au développement d'une coopérative : « Après avoir reçu les dix millions, des tensions ont éclaté lors de l’achat des porcs. Ils n’ont pas survécu et ceux qui les avaient reçus n’ont pas remboursé l’argent alors qu’il s’agissait des fonds destinés au développement de la coopérative ».

Opportunités économiques et jeunesse

La commune de Shombo compte 253 934 habitants, dont 117 580 hommes et 136 354 femmes. La commune manque d'un marché pour la vente de produits, une situation déplorée par Libérate Nzisabira, vendeuse d'arachides. « Notre commune ne dispose d’aucun marché. Nous ne cessons pas de nous plaindre mais, les autorités semblent rester sourdes à nos préoccupations », a-t-elle déclaré. Sur les onze départements de la commune, un seul est dirigé par une femme.

Seuls les ménages situés le long de la route sur la colline de Gatara bénéficient de l'électricité. La coopérative Sangwe a reçu dix millions, mais des tensions ont éclaté après l'achat de porcs qui n'ont pas survécu. En matière d'éducation, 300 bancs ont été réceptionnés et distribués aux écoles défavorisées.

Oscar Hatungimana, un commerçant de 30 ans, estime que les revenus sont très limités en raison d'un nombre insuffisant de clients. « Il n’y a pas suffisamment de clients pour développer le commerce ou envisager son expansion », a-t-il affirmé. Il a ajouté que « les jeunes qui entreprennent ici ne peuvent pas facilement solliciter un appui financier auprès des autorités. Nous avons l’impression que personne ne nous fait confiance ». Oscar Hatungimana a également souligné que « beaucoup de jeunes qui n’ont pas poursuivi leurs études vivent dans la pauvreté. Pourtant, ils possèdent un potentiel important qui mérite d’être valorisé ». Libérate Nzisabira s'inquiète que l'ouverture prochaine d'un magasin puisse déplacer les vendeurs ambulants. « C’est ici où convergent les habitants de la commune et se trouvent les clients. Si nous sommes chassées sans une solution alternative, ce centre perdra toute son animation commerciale », a-t-elle prévenu.

Constantin Nyabenda, un agriculteur de 20 ans, a noté que la nouvelle division administrative a permis le raccordement à l'électricité et la réhabilitation des routes. Toutefois, il a regretté que la pénurie d'engrais chimiques soit un coup dur pour l'agriculture locale. « Il ne peut pas y avoir de bonnes récoltes sans urée. Et lors de cette année agricole, c’est pire », a-t-il expliqué. Il a également déploré que de nombreux jeunes n'aient pas accès au financement par le Programme d'Appui à l'Entrepreneuriat des Jeunes (PAEEJ), ajoutant : « Nous voulons la multiplication des institutions de micro-crédits pour permettre aux plus pauvres comme nous de nous en sortir ». Prosper Ndayihimbanze, un jeune agriculteur, a également regretté l'absence du PAEEJ dans sa localité.