Bujumbura, Burundi – L'Association de Lutte contre le Chômage et la Torture (ALUCHOTO) a récemment lancé une alerte retentissante concernant une inquiétante recrudescence des formes de trafic et d'exploitation de travailleurs au Burundi. Cette situation préoccupante, qui affecte un nombre croissant de citoyens burundais en quête d'opportunités à l'étranger, est profondément enracinée dans le contexte socio-économique actuel du pays. ALUCHOTO a en effet souligné que la pauvreté endémique, le chômage persistant et les difficultés économiques généralisées constituent des facteurs majeurs poussant les Burundais à chercher désespérément des emplois hors de leurs frontières. L'organisation a mis en lumière le fait que des violations continues des droits des travailleurs contribuent également de manière significative à ce phénomène d'exil.
Agences et destinations visées par les allégations
Dans son rapport et ses communications, ALUCHOTO a spécifiquement désigné la City Security Company, ainsi que plusieurs agences de placement, comme étant au cœur des préoccupations soulevées. Ces entités sont impliquées dans le recrutement de travailleurs pour diverses destinations internationales. Parmi les pays visés figurent l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis – avec une mention particulière pour Dubaï – le Kenya, le Sultanat d'Oman et la Zambie. Ces destinations sont malheureusement devenues des points de chute pour de nombreux travailleurs burundais qui, une fois sur place, se retrouvent souvent dans des situations précaires.
Il est important de noter que, selon les données officielles, le Burundi compte actuellement 64 agences de recrutement qui sont légalement reconnues par l'État pour placer des travailleurs à l'étranger. Ces agences opèrent sous un cadre réglementaire défini par les autorités nationales, censé garantir la protection des droits des travailleurs. Cependant, les alertes d'ALUCHOTO suggèrent que ce cadre n'est pas toujours suffisant ou correctement appliqué. L'association a également rapporté un cas particulièrement alarmant où 11 autres individus auraient été illégalement détenus par des agences de recrutement, après la confiscation de leurs documents de voyage. Cette pratique illicite prive les travailleurs de leur liberté de mouvement et les rend encore plus vulnérables à l'exploitation.
Conditions de travail dénoncées et efforts de rapatriement
Vianney Ndayisaba, coordinateur national d'ALUCHOTO, a pris la parole pour dénoncer publiquement des abus présumés commis par certaines sociétés de sécurité et agences de recrutement. Ses déclarations mettent en lumière la gravité de la situation et l'urgence d'agir. L'association a déjà prouvé son engagement sur le terrain : en 2026, ALUCHOTO a joué un rôle clé en facilitant le rapatriement de 22 femmes qui auraient été abandonnées et victimes de mauvais traitements dans leurs pays d'accueil. Ce succès, bien que louable, ne représente qu'une fraction des cas potentiels d'exploitation.
Au-delà des travailleurs migrants, l'association a également attiré l'attention sur une autre forme d'exploitation particulièrement choquante : celle des personnes vivant avec un handicap. ALUCHOTO dénonce l'utilisation de ces individus à des fins de mendicité forcée dans les rues et sur les marchés, une pratique qui constitue une violation flagrante de leur dignité et de leurs droits fondamentaux. Ces révélations soulignent la diversité et la cruauté des formes d'exploitation présentes au Burundi et à l'encontre de ses citoyens.
Appels à l'action gouvernementale pour une meilleure protection
Face à l'ampleur de ces violations, ALUCHOTO a formulé une série de recommandations concrètes et pressantes à l'intention du gouvernement burundais. L'association a notamment insisté sur la nécessité impérative d'ouvrir des enquêtes judiciaires approfondies. L'objectif est d'identifier et de sanctionner avec la plus grande fermeté les agences de recrutement frauduleuses et les individus impliqués dans ces pratiques illégales.
ALUCHOTO a suggéré un renforcement significatif du contrôle de l'accréditation des agences de placement à l'étranger. L'organisation préconise également un suivi rigoureux et continu des contrats de travail, depuis leur signature jusqu'à l'exécution complète de la mission à l'étranger. Pour protéger davantage les futurs travailleurs, ALUCHOTO a préconisé que la lecture et l'explication détaillées des contrats d'emploi soient rendues obligatoires. Cette procédure devrait impérativement se dérouler en présence des autorités compétentes avant tout départ à l'étranger, afin de s'assurer que les travailleurs comprennent pleinement les termes et conditions de leur engagement. Enfin, l'organisation a réitéré sa demande au gouvernement burundais de renforcer de manière significative la lutte contre la traite des êtres humains sous toutes ses formes, en mettant en œuvre des politiques et des mécanismes plus efficaces.
Contexte international et alertes de l'OIM
Ces préoccupations ne sont pas isolées et s'inscrivent dans un contexte international plus large. L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a régulièrement déclaré que la traite des êtres humains constitue une grave et inacceptable violation des droits de l'homme. L'OIM a souligné à maintes reprises que les migrants, particulièrement ceux qui sont en quête d'opportunités économiques pour échapper à la pauvreté dans leur pays d'origine, sont malheureusement les plus exposés aux réseaux d'exploitation. Ces réseaux profitent de leur vulnérabilité pour les asservir.
Dans ce cadre, l'OIM a lancé un appel clair et urgent aux États et à leurs partenaires. Elle les exhorte à renforcer de manière concertée les mécanismes de prévention de la traite, d'identification rapide des victimes et de protection de ces dernières. L'organisation internationale insiste également sur l'importance clé de garantir l'accès des victimes à la justice, afin qu'elles puissent obtenir réparation et que les responsables soient tenus pour comptables de leurs actes. La situation au Burundi, telle que décrite par ALUCHOTO, résonne donc avec les préoccupations mondiales concernant la protection des droits des travailleurs migrants et la lutte contre les formes modernes d'esclavage.