Anxiété accrue pour les réfugiés burundais au Kenya face aux restrictions commerciales

Vue partielle de l’ambassade du Burundi dans le quartier de Kilimani, à Nairobi, où plusieurs ressortissants burundais se sont rendus ces derniers jours.
Photo: SOS Médias Burundi via Sosmediasburundi

Les réfugiés burundais au camp de Kakuma, dans le nord-ouest du Kenya, sont confrontés à une inquiétude croissante concernant leur situation économique et leur avenir. Cette anxiété, qui se manifeste par une préoccupation grandissante, survient alors que des restrictions commerciales affectent leurs moyens de subsistance. Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) estime que le Kenya accueille environ 16 000 réfugiés et demandeurs d'asile burundais. Ces populations dépendent souvent d'activités commerciales transfrontalières ou locales pour subvenir à leurs besoins, une dépendance qui est désormais menacée par de nouvelles régulations. La situation génère une incertitude palpable quant à leur capacité à maintenir leur autonomie financière et à assurer le bien-être de leurs familles.

Nouvelles restrictions et leurs impacts

De nombreux réfugiés dépendent d'activités commerciales à petite échelle et de travail informel pour assurer leur subsistance au Kenya. Ces sources de revenus sont cruciales pour leur autonomie et leur capacité à subvenir aux besoins de leurs familles, leur permettant de réduire leur dépendance à l'aide humanitaire. Ces activités représentent souvent la seule voie disponible pour générer des revenus dans un environnement où les opportunités formelles sont rares pour les populations réfugiées.

Le président kényan, William Ruto, a ordonné la fermeture des petites entreprises tenues par des ressortissants étrangers. Cette directive a été émise le 2 septembre 2026. La décision du président Ruto a suscité des inquiétudes profondes parmi les communautés de réfugiés, qui sont souvent impliquées dans de telles activités pour survivre et reconstruire une vie loin de leur pays d'origine. Cette mesure menace directement les fondements économiques sur lesquels beaucoup de ces familles ont bâti leur existence précaire au Kenya.

La mise en œuvre de cette mesure était initialement prévue pour le 7 septembre 2026. Cette échéance courte a laissé peu de temps aux personnes concernées pour s'adapter ou trouver des alternatives économiques, intensifiant l'incertitude quant à leur avenir et leurs moyens de subsistance. L'absence d'un préavis suffisant a exacerbé la détresse, rendant difficile toute planification ou transition ordonnée pour les milliers d'individus et de familles affectés. La rapidité de l'application de la directive a été un facteur clé dans l'accroissement de l'anxiété au sein des communautés réfugiées.

Contexte de vie à Kakuma

La crainte principale à Kakuma et Kalobeyei est que les restrictions commerciales et les tensions liées à la présence étrangère déstabilisent la coexistence entre les communautés. Ces activités sont essentielles pour les réfugiés, leur procurant des revenus et réduisant leur dépendance à l'aide humanitaire. La perte de ces opportunités économiques pourrait non seulement plonger de nombreuses familles dans une précarité accrue, mais aussi exacerber les tensions sociales existantes. Les Burundais se montrent particulièrement actifs dans divers secteurs informels, notamment la construction, la gestion de salons de beauté et de petites entreprises, la restauration, la vente ambulante, la sécurité, le travail domestique, ainsi que le transport à moto ou en tricycle. Leur engagement dans ces activités témoigne de leur résilience et de leur volonté de s'intégrer économiquement, malgré les défis.

Du 2 au 4 septembre, une mission conjointe de 14 agences des Nations Unies s'est rendue à Kakuma et Kalobeyei pour évaluer la situation. Cette mission avait pour objectif de comprendre l'impact des récentes directives gouvernementales et d'identifier les besoins urgents des populations affectées. Les discussions ont porté sur la manière de soutenir les réfugiés et les communautés hôtes dans ce contexte de restrictions économiques.

Réactions et inquiétudes des réfugiés

Les réfugiés craignent que les frustrations économiques et les tensions liées à l'emploi et au petit commerce n'entraînent du harcèlement ou des affrontements avec les populations locales. Cette appréhension est alimentée par l'historique de défis liés à la coexistence entre les réfugiés et les communautés d'accueil, souvent exacerbés par la compétition pour des ressources limitées. Les autorités kényanes ont pour leur part affirmé qu'elles ne toléreraient pas les menaces, le harcèlement ou la violence xénophobe à l'encontre des ressortissants étrangers. Cette déclaration vise à rassurer les communautés étrangères et à maintenir l'ordre public, soulignant l'engagement du gouvernement à protéger tous les résidents sur son territoire.

Face à cette situation incertaine, certains réfugiés ayant quitté Kakuma pour s'installer à Nairobi envisagent de retourner au camp, préférant la relative sécurité et les réseaux de soutien du camp à l'incertitude de la capitale. Cette incertitude pousse également des centaines de ressortissants burundais à se rendre à leur ambassade à Nairobi pour solliciter des documents de voyage. Certains d'entre eux expriment des craintes pour leur sécurité et envisagent un retour au Burundi, malgré les conditions qui les avaient poussés à fuir leur pays d'origine. La perspective d'un rapatriement volontaire, même vers un pays encore instable, met en lumière le désespoir ressenti face à l'avenir au Kenya.

Perspectives et assurances gouvernementales

Le gouvernement kényan a par la suite précisé que les étrangers légalement établis, autorisés à travailler ou à exercer des activités commerciales, ne seraient pas systématiquement exclus des opportunités économiques. Cette clarification visait à apaiser les craintes initiales et à distinguer les entrepreneurs légaux des opérateurs informels non enregistrés. Les autorités ont accordé aux ressortissants étrangers un délai de 90 jours pour régulariser leur situation concernant l'immigration, les permis de travail, l'enregistrement commercial et les licences. Cette période de grâce offre une opportunité clé pour de nombreux réfugiés et autres étrangers de se conformer aux réglementations kényanes, bien que le processus puisse être complexe et coûteux pour ceux qui disposent de ressources limitées.

Parallèlement, le plan Shirika du Kenya vise à transformer Kakuma et Kalobeyei en promouvant l'inclusion socio-économique et la coexistence entre les réfugiés et les communautés hôtes. Ce plan ambitieux cherche à créer un environnement où les réfugiés peuvent contribuer activement à l'économie locale et bénéficier des mêmes services que les populations kényanes. La mission des Nations Unies, lors de sa visite, a souligné l'importance de moyens de subsistance durables, de services publics inclusifs et de la cohésion sociale dans ces zones. Ces éléments sont considérés comme fondamentaux pour assurer la stabilité et le développement à long terme, tant pour les réfugiés que pour les communautés d'accueil. L'intégration des réfugiés dans la planification du développement local est perçue comme une approche essentielle pour renforcer la résilience de toutes les populations concernées.