Burundi : Le président Ndayishimiye redéfinit la responsabilité du génocide de 1972 et appelle à la guérison nationale

Perezida Evariste Ndayishimiye, ari mu gikorane co gushimira Imana, mu ntara ya Buhumuza, ku wa 18 Ruheshi (6) 2026
Photo: Ntare Rushatsi House/X via News

Le président du Burundi, Evariste Ndayishimiye, a déclaré jeudi que le « génocide » de 1972 contre les Hutus avait été orchestré et exécuté par les dirigeants de l'époque. Ces remarques ont été faites lors du lancement officiel des prières de remerciement pour ses six ans de mandat, tenues dans l'ancienne province de Muyinga, désormais province de Buhumuza. Le président Ndayishimiye a exprimé sa tristesse en constatant que « Birambabaza cane iyo bumvise ihonyabwoko ryo mu 72, bagaca bumva umengo ni abatutsi barikoze ». Il a également tenu à rassurer les Tutsis, affirmant que « Rirya honyabwoko ntiryakozwe n'Abatutsi. Ryakozwe n'indongozi zari zirongoye igihugu. Abo nabo ntibagira ubwoko ». Le président a insisté : « Ntihagire rero Umututsi asubira kugira ubwoba », réaffirmant que les Tutsis ne devaient pas craindre d'être blâmés collectivement pour les atrocités de cette période.

Rapport de la CVR et révélations sur les massacres de 1972

Ces déclarations du président Evariste Ndayishimiye ont fait suite à la remise d'un rapport final de la Commission Vérité et Réconciliation (CVR) au parlement réuni. Le rapport de la CVR a confirmé qu'un « génocide » avait été commis contre les Hutus en 1972. Selon les indications de la CVR, plus de 300 000 Hutus ont été tués lors de ces événements tragiques. Ce chiffre note l'ampleur des violences et des pertes humaines subies par la communauté Hutu à cette époque.

La CVR avait déjà publié son premier rapport confirmant le « génocide » des Hutus en 2021, document qui avait ensuite été approuvé par le parlement burundais. Cette approbation parlementaire a marqué une étape importante dans le processus de reconnaissance officielle des événements de 1972. Cependant, le gouvernement burundais n'a pas encore émis de décret reconnaissant officiellement ce « génocide des Hutus ». Une telle reconnaissance formelle par décret est attendue par de nombreux observateurs et victimes pour clore ce chapitre douloureux de l'histoire du pays.

La Commission Vérité et Réconciliation a débuté ses travaux en 2016 et s'est principalement concentrée sur l'analyse et la documentation du conflit de 1972. Son mandat initial a été étendu pour couvrir une période historique plus large, débutant en 1885, année marquant le début de l'ère coloniale au Burundi. Cette extension vise à offrir une compréhension plus complète des racines historiques des conflits et des divisions ethniques qui ont marqué le pays.

Contexte historique des violences ethniques au Burundi

Les tueries de 1972, principalement dirigées contre les Hutus, sont considérées comme les plus dévastatrices de l'histoire du Burundi. Le pays a connu, depuis son indépendance en 1962, des conflits politiques marqués par des massacres ethniques, notamment entre Hutus et Tutsis. Ces violences ont profondément déchiré le tissu social et politique du Burundi pendant des décennies. L'histoire post-indépendance du pays est jalonnée de périodes de grande instabilité et de confrontations interethniques.

D'autres périodes de tueries massives ont été recensées, notamment en 1965, 1988 et 1993. Chacune de ces vagues de violence a laissé des cicatrices profondes au sein de la population burundaise et a contribué à un cycle de méfiance et de ressentiment entre les communautés. La reconnaissance et la compréhension de ces événements sont jugées essentielles pour le processus de réconciliation nationale.

La Commission Vérité et Réconciliation (CVR) est une instance issue des accords de paix burundais de 2000, qui visaient à mettre fin aux conflits ayant ravagé le Burundi jusqu'en 2008. Ces accords, signés à Arusha, en Tanzanie, ont posé les bases d'une tentative de stabilisation et de reconstruction post-conflit. La création de la CVR était une composante clé de cet effort, destinée à établir la vérité sur les atrocités passées et à promouvoir la réconciliation.

Réactions et inquiétudes concernant le processus de la CVR

Certains groupes burundais ont exprimé leur insatisfaction quant à la gestion du processus par la CVR. L'organisation AC-Génocide Cirimoso a notamment déploré que la Commission Vérité et Réconciliation n'ait pas collaboré avec les Nations Unies, alors que cette coopération avait été convenue dans les accords de paix d'Arusha en 2000. L'absence de cette collaboration internationale soulève des questions sur la légitimité et l'exhaustivité du travail de la Commission aux yeux de certains acteurs de la société civile. Ces critiques mettent en lumière les défis inhérents à la mise en œuvre de mécanismes de justice transitionnelle dans des contextes post-conflit complexes.

Des experts ont également mis en garde contre les risques potentiels liés à la démarche de la CVR. Selon eux, si la Commission ne gère pas son travail de manière appropriée, avec une approche équilibrée et inclusive, elle pourrait rouvrir d'anciennes blessures et potentiellement replonger le Burundi dans un conflit. Ces préoccupations soulignent l'importance clé d'une approche prudente et consensuelle pour traiter le passé violent du pays, afin d'éviter de nouvelles fragmentations au sein de la société burundaise. La mémoire collective des atrocités passées est un terrain sensible qui nécessite une manipulation délicate pour ne pas exacerber les tensions existantes.

Appel à la guérison nationale et à la vérité

Le président Ndayishimiye a affirmé que l'objectif de cette démarche était de démontrer comment une mauvaise gouvernance peut détruire un pays, selon ses déclarations. Il a souligné qu'il n'est pas possible pour les citoyens de guérir si la vérité, même douloureuse, n'est pas mise en lumière. Ndayishimiye a insisté sur l'importance de faire éclater la vérité pour permettre une véritable réconciliation nationale, affirmant que c'est la seule voie vers une paix durable. Le chef de l'État a exhorté l'ensemble des groupes ethniques à contribuer à la guérison des blessures du passé. Il a appelé à ce que ces blessures soient révélées et traitées afin de favoriser la cohésion et la paix au sein de la société burundaise.

Les déclarations du président Ndayishimiye s'inscrivent dans une volonté affichée de tourner la page des divisions ethniques et de construire un avenir commun pour le Burundi. En dissociant la responsabilité du génocide de 1972 des Tutsis en tant que groupe ethnique et en l'attribuant à la mauvaise gouvernance des dirigeants de l'époque, il cherche à apaiser les craintes et à jeter les bases d'une réconciliation basée sur une compréhension partagée des événements historiques. Cette approche vise à dépolitiser l'ethnicité et à recentrer le débat sur les questions de justice et de bonne gouvernance.