Burundi : Les barrages policiers paralysent le transport et alimentent la corruption

Des barrages policiers se sont multipliés ces deux dernières semaines dans la province de Burunga, dans le sud du Burundi, après l'installation de nouveaux responsables de la police dans plusieurs communes. Cette intensification des contrôles, notamment sur la Route Nationale numéro 3 à Rumonge, où des points de contrôle sont installés à très courtes distances les uns des autres, paralyse le transport local. La situation suscite de vives interrogations sur les motivations profondes derrière ce déploiement soudain et généralisé.

Intensification des contrôles routiers et justifications policières

Les contrôles routiers se sont considérablement intensifiés dans les provinces de Rumonge, Makamba et Rutana, créant une atmosphère de tension pour les usagers de la route. La police justifie ce renforcement des contrôles en affirmant qu'il vise à retirer de la circulation les motos ne répondant pas aux exigences légales ou transportant plus d'un passager. Cette mesure, selon les autorités policières, est essentielle pour garantir la sécurité routière et faire respecter la réglementation en vigueur. Les autorités policières ont par ailleurs averti que d'autres barrages pourraient être installés si les infractions persistaient, signalant une détermination à maintenir la pression sur les conducteurs.

Cette politique de tolérance zéro a parfois conduit à des situations délicates sur le terrain. À Rutana, deux agents de sécurité intervenant en civil pour saisir une moto ont été attaqués par des résidents qui les avaient pris pour des voleurs. Cet incident a mis en lumière un problème de procédure : les autorités administratives ont reconnu que les agents auraient dû être en uniforme, ce qui a conduit à la libération des personnes appréhendées suite à l'altercation. Cet événement note la nécessité d'une approche professionnelle et transparente dans l'application de la loi.

Conséquences directes sur le transport et les usagers

Les usagers dénoncent avec véhémence un harcèlement routier constant, une flambée sans précédent des prix du transport et des pratiques de corruption présumées qui sapent la confiance du public. En conséquence directe de cette pression accrue, plusieurs transporteurs sont contraints de suspendre leurs activités, craignant la saisie systématique de leurs motos ou de leurs véhicules. Cette situation a des répercussions dramatiques sur la mobilité des citoyens : les voyageurs peinent désormais à trouver des moyens de transport, et les tarifs ont enregistré une hausse sans précédent, transformant les déplacements quotidiens en un véritable défi financier.

Sur l'axe Makamba–Nyanza-Lac, les témoignages des passagers sont édifiants. Ils ont rapporté devoir payer jusqu'à 25 000 francs burundais pour un trajet en bus, un montant exorbitant qui représente une augmentation significative, sachant que le coût était auparavant d'environ 10 000 francs burundais. Pour mettre cette augmentation en perspective, il est important de noter que le tarif réglementé par l'État pour ce même trajet est fixé à seulement 5 100 francs burundais, ce qui note l'ampleur de la majoration et la détresse économique des usagers. Plusieurs chauffeurs et usagers dénoncent par ailleurs des pratiques de corruption présumées sur certains axes routiers, indiquant que des véhicules manifestement surchargés parviendraient à traverser les points de contrôle après avoir versé des pots-de-vin, créant un système à deux vitesses et alimentant la frustration générale.

Rappels à l'ordre et dénonciations citoyennes

Face à cette situation tendue, le gouverneur de la province de Burunga, Parfait Mboninyibuka, est intervenu à plusieurs reprises. Il a notamment demandé le retrait des points de contrôle non essentiels, reconnaissant l'impact négatif de leur prolifération sur la vie quotidienne des habitants et sur l'économie locale. Le gouverneur Parfait Mboninyibuka a également exhorté les services de sécurité à rationaliser les contrôles routiers et à appliquer la loi avec discernement, sans pénaliser indûment les citoyens. Son appel vise à trouver un équilibre entre le maintien de l'ordre public et la protection des droits et des intérêts des populations.

Les transporteurs, les motards et les voyageurs, directement affectés par ces mesures, sont unanimes dans leurs revendications. Ils réclament que la lutte contre les infractions routières soit menée avec professionnalisme, transparence et équité, afin de restaurer la confiance et d'assurer une circulation fluide et juste pour tous.

Le spectre des accidents passés et la question de la sécurité

Cette intensification des contrôles routiers et les préoccupations concernant les véhicules surchargés ramènent à la mémoire un événement tragique survenu au début de l'année 2026. Un taxi-voiture transportant seize passagers a été impliqué dans un accident mortel sur la colline de Nyabigina, dans le chef-lieu de la commune de Makamba, faisant plus de dix victimes. Cet accident a mis en lumière les dangers des véhicules surchargés et les lacunes potentielles dans les contrôles.

Selon la réglementation burundaise, ce type de taxi n'est autorisé à transporter que trois à cinq passagers, ce qui signifie que le véhicule accidenté transportait bien au-delà de sa capacité légale. Des témoignages de l'époque ont indiqué, de manière alarmante, que le véhicule avait franchi plusieurs points de contrôle sans être intercepté avant l'accident, soulevant des questions persistantes sur l'efficacité et l'intégrité des barrages routiers. Cet incident douloureux note l'importance clé de contrôles rigoureux et impartiaux pour prévenir de futures tragédies et garantir la sécurité de tous les usagers de la route.