Chauffeurs dénoncent un climat de peur et de corruption au poste frontière de Kobero, demandant des mesures urgentes pour la libre circulation

Kobero : des chauffeurs de la ligne Bujumbura–Kigali dénoncent un climat de peur et des tracasseries à la frontière
Photo: SOS Médias Burundi via Sosmediasburundi

Des chauffeurs opérant sur l'axe Bujumbura-Kigali dénoncent un climat de peur persistant, des contrôles jugés excessivement rigoureux et des allégations de corruption généralisées au poste frontière de Kobero. Ce point de passage stratégique est situé à la frontière entre le Burundi et la Tanzanie, un lieu clé pour le transit régional. Selon les témoignages recueillis auprès de ces professionnels du transport, ces pratiques abusives entraînent des pertes financières importantes pour leurs entreprises et les contraint à travailler quotidiennement dans une atmosphère de crainte et d'incertitude. Il est à noter que, de manière frappante, aucune somme comparable à celles exigées à l'aller ne serait réclamée lors du trajet retour, c'est-à-dire du Rwanda vers le Burundi, ce qui soulève des questions sur la nature sélective de ces contrôles et paiements. Les chauffeurs indiquent être régulièrement la cible de soupçons, accusés de transporter de jeunes individus susceptibles de rejoindre des groupes armés actifs dans la région, tels que le M23 ou les RED-Tabara. C'est sous ce prétexte, affirment-ils, que s'opéreraient ces contrôles accrus et ces demandes financières jugées illégitimes.

Accusations de corruption et d'abus généralisés au poste frontière

Les agents en poste à la frontière de Kobero sont accusés de mener des interrogatoires jugés excessifs et intrusifs. Ces interrogatoires, selon les allégations rapportées par les chauffeurs, portent de manière répétée sur l'identité des passagers, leur origine géographique et leur destination finale, créant un climat de suspicion et d'inconfort. Ces derniers affirment être régulièrement contraints de verser des sommes d'argent considérables, pouvant atteindre jusqu'à 100 000 francs burundais, afin d'éviter des blocages administratifs arbitraires et des retards prolongés lors de leurs trajets du Burundi vers le Rwanda. Les chauffeurs décrivent une situation où tout refus de paiement peut entraîner des conséquences immédiates et préjudiciables, notamment des détentions prolongées de leurs véhicules et de leurs passagers, s'étendant parfois sur plusieurs heures. Cette situation génère une appréhension marquée non seulement chez les conducteurs, mais aussi chez les voyageurs, qui se retrouvent confrontés à la répétition des contrôles et aux pressions exercées sur les conducteurs. Les chauffeurs réfutent catégoriquement ces accusations de complicité avec des groupes armés, soulignant avec force qu'ils sont des transporteurs de personnes et de marchandises, et non des recruteurs pour des entités armées. Ils insistent sur leur rôle essentiel dans la facilitation des échanges et des déplacements dans la région.

Les conséquences de ces pratiques sont multiples et profondes. Sur le plan économique, les pertes financières subies par les chauffeurs sont significatives. Elles incluent les sommes versées en pots-de-vin, les coûts liés aux retards (carburant, usure des véhicules, perte de revenus due à la réduction du nombre de trajets possibles) et la dégradation générale de leurs conditions de travail. Sur le plan humain, le climat de peur et d'intimidation affecte la santé mentale et le bien-être des chauffeurs et des passagers. La menace constante de blocage ou de détention crée un stress considérable, transformant chaque passage frontalier en une épreuve. Certains chauffeurs ont rapporté être tellement affectés par ces pressions qu'ils ont été contraints de cesser leurs activités sur la ligne Bujumbura-Kigali, illustrant la gravité des difficultés rencontrées par la profession et la menace que ces pratiques représentent pour la viabilité de leurs entreprises. Cette situation met en lumière un dysfonctionnement majeur au sein de l'administration frontalière, dont les actions, loin de garantir la sécurité ou la bonne marche des opérations, semblent plutôt entraver le commerce et la circulation des personnes.

Un contexte sécuritaire et diplomatique régional tendu et ses répercussions

Ces allégations de harcèlement et de corruption surviennent dans un contexte régional déjà marqué par des tensions sécuritaires et diplomatiques aiguës. Les frontières terrestres entre le Burundi et le Rwanda ont été officiellement fermées par les autorités burundaises en janvier 2024, marquant un durcissement significatif des relations bilatérales entre les deux pays voisins. Cette décision drastique n'a cependant pas empêché les ressortissants burundais de continuer à emprunter les axes routiers pour se rendre dans d'autres pays de la région, tels que la Tanzanie, l'Ouganda ou le Kenya, contournant ainsi la frontière directe avec le Rwanda. Cela témoigne de la nécessité impérieuse pour de nombreux Burundais de voyager, que ce soit pour des raisons économiques, familiales ou médicales, malgré les obstacles diplomatiques.

La crise diplomatique entre Gitega, la capitale politique du Burundi, et Kigali, la capitale du Rwanda, s'inscrit dans un contexte régional plus large de tensions accrues. Ces tensions sont particulièrement liées à la situation sécuritaire précaire et volatile dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC). Cette région est le théâtre de conflits persistants impliquant de nombreux groupes armés, dont le M23, et a des répercussions directes sur la stabilité des pays voisins.

Les autorités burundaises ont publiquement accusé le Rwanda de soutenir des groupes armés qui, selon elles, déstabilisent le Burundi et de fournir un appui logistique et militaire au mouvement M23, actif en RDC. Cette position a été affirmée avec force par le président burundais lui-même. Le président Évariste Ndayishimiye a notamment accusé son homologue rwandais, Paul Kagame, de chercher à annexer des parties du Congo, une allégation grave qui, si elle était avérée, aurait des conséquences géopolitiques majeures. Il a également imputé au président Kagame la responsabilité de déstabiliser l'ensemble de la région des Grands Lacs, une zone déjà fragilisée par des décennies de conflits et de crises humanitaires. Ces allégations ont inévitablement accentué les frictions et la méfiance mutuelle entre les deux nations, rendant toute tentative de désescalade diplomatique particulièrement complexe.

Dans ce climat de suspicion et d'hostilité croissante, le président Ndayishimiye a fait une déclaration des plus alarmantes, affirmant que le Burundi était prêt à entrer en guerre avec le Rwanda si la situation l'exigeait. Une telle rhétorique note la gravité des enjeux perçus par son gouvernement et la profondeur de la crise actuelle. En réponse à ces accusations virulentes, le Rwanda a fermement rejeté toutes les allégations, les qualifiant de « mensonges sans fondement » et de tentatives de détourner l'attention des problèmes internes du Burundi. Malgré la fermeture des frontières et les tensions diplomatiques au plus haut niveau, de nombreux Burundais continuent de se rendre au Rwanda pour diverses raisons jugées essentielles : des raisons familiales, des soins médicaux spécialisés, ou encore des opportunités commerciales. Cette persistance des échanges humains et économiques témoigne de l'interdépendance profonde et historique entre les populations des deux pays, indépendamment des querelles politiques de leurs dirigeants.

Appels à la libre circulation et aux réformes

Face à cette situation intenable, les opérateurs de transport et les chauffeurs lancent un appel pressant aux autorités compétentes. Ils demandent à pouvoir exercer leur profession sans être constamment confrontés à l'intimidation, à la corruption ou aux soupçons infondés. Leur revendication principale est la garantie d'un environnement de travail sûr et équitable, où les règles sont claires et appliquées de manière transparente. À l'heure de la publication de cet article, les autorités concernées, tant burundaises que tanzaniennes, n'avaient pas encore apporté de réponse officielle ou de commentaire public aux accusations formulées par les chauffeurs. Ce silence est perçu par beaucoup comme une indifférence face aux difficultés rencontrées par une profession essentielle à l'économie régionale.

Dans le contexte économique actuel, le transport routier joue un rôle vital et est privilégié par de nombreux voyageurs de la région. La pauvreté généralisée et l'augmentation constante du coût de la vie rendent le transport aérien inabordable pour la grande majorité de la population. Les bus et les camions restent donc le principal moyen de déplacement pour les personnes et de transport pour les marchandises, facilitant le commerce, l'accès aux services et le maintien des liens sociaux à travers les frontières. Les opérateurs de transport appellent donc avec insistance les autorités à garantir la libre circulation des personnes et des marchandises. Ils estiment que cette condition est non seulement essentielle pour la viabilité de leurs activités économiques, mais aussi fondamentale pour le bien-être et la prospérité des populations locales et régionales, qui dépendent de ces échanges pour leur subsistance et leur développement. Ignorer ces appels, c'est risquer d'asphyxier davantage une économie déjà fragile et d'aggraver les conditions de vie de millions de personnes. La mise en place de mécanismes de contrôle transparents, la lutte effective contre la corruption et le respect des droits des transporteurs et des voyageurs sont des étapes cruciales pour restaurer la confiance et assurer la fluidité des échanges dans cette région stratégique.