Un événement de prière présidentielle a été organisé à Muyinga, dans la province de Buhumuza, au nord-est du Burundi, le 19 juin 2026. Cette manifestation a coïncidé avec le sixième anniversaire du mandat du Président Évariste Ndayishimiye. Des informations indiquent que des institutions publiques, notamment des hôpitaux et des écoles, auraient participé aux collectes organisées en amont de cet événement. L'organisation de cette prière nationale, présentée comme un moment de recueillement et de soutien au leadership présidentiel, a cependant été entachée par des allégations de contributions forcées et un mécontentement croissant au sein de la population et même du parti au pouvoir.
Mobilisation et collectes forcées
Une campagne de mobilisation a été menée dans les communes, les services publics, les écoles, les établissements de santé et les organisations communautaires en amont de l'événement. Cette campagne visait à garantir une participation massive à la prière présidentielle. Des rapports indiquent que des enseignants, des fonctionnaires, des commerçants, des responsables administratifs, des élèves de terminale, des demandeurs d'emploi et des membres d'associations locales auraient été mobilisés pour y participer. Cette mobilisation s'est manifestée par des pressions exercées sur diverses catégories de la population pour assurer leur présence, transformant parfois la participation en une obligation plutôt qu'en un acte volontaire.
Dans le cadre de cette mobilisation, des contributions financières ont été sollicitées auprès de différentes catégories de citoyens et d'institutions. Des directeurs d'école, des responsables administratifs et certains gestionnaires de services publics auraient été sollicités pour verser des contributions financières. Ces montants variaient, avec des demandes rapportées entre 10 000 et 20 000 francs burundais par individu. Ces requêtes ont soulevé des questions quant à la nature volontaire de ces contributions, alors que l'événement était présenté comme une prière nationale. La participation financière de ces acteurs clés du service public était perçue comme un signe d'engagement nécessaire pour le succès de l'événement.
En parallèle aux collectes, des pagnes fournis par la Présidence ont été distribués aux participants. Ces pagnes servaient d'uniformes officiels pour l'événement, soulignant une organisation centralisée. La distribution de ces vêtements visait à créer une unité visuelle parmi les personnes présentes à la prière présidentielle, renforçant l'image d'un soutien unanime et organisé autour du Président. Ces pagnes étaient souvent considérés comme une preuve de participation et leur port était fortement encouragé, sinon exigé.
Ces collectes et cette mobilisation s'inscrivent dans un schéma où l'adhésion aux initiatives gouvernementales est souvent attendue, et où les contributions financières sont parfois perçues comme un moyen de démontrer cette adhésion. La pression exercée sur les citoyens, des plus modestes aux plus aisés, a créé un climat de tension et de résignation, loin de l'esprit de ferveur religieuse et de rassemblement national que l'événement était censé incarner.
Contexte économique et malaise social
Les contributions exigées s'inscrivent dans un contexte de dégradation continue des conditions de vie au Burundi, marqué par une augmentation du coût de la vie, des pénuries de carburant et une diminution du pouvoir d'achat. Cette situation économique tendue précède l'événement de prière présidentielle, rendant les demandes de contributions particulièrement difficiles à supporter pour de nombreux ménages. La population, déjà éprouvée par ces difficultés quotidiennes, a vu ces sollicitations financières comme un fardeau supplémentaire imposé par les autorités.
Des membres du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, auraient exprimé leur mécontentement concernant les contributions demandées et les frais de déplacement associés à l'événement. Ces frustrations internes au parti indiquent une pression exercée sur les cadres et militants pour financer et participer à la manifestation, malgré les difficultés économiques. Ce malaise au sein même de la base politique du régime témoigne de la profondeur de l'insatisfaction générale face à ces pratiques. Le coût du transport pour se rendre à Muyinga, souvent à la charge des participants, s'ajoutait aux contributions financières, aggravant la charge pour les militants et les fonctionnaires.
Le Burundi est confronté à des défis économiques significatifs, incluant une pénurie de carburant, un manque de devises étrangères et des difficultés d'approvisionnement en biens essentiels. Ces problèmes macroéconomiques accentuent la précarité de la population et rendent les contributions forcées d'autant plus pesantes. La flambée des prix des denrées de première nécessité et la difficulté d'accès aux services de base ont créé un environnement où chaque dépense imprévue devient un obstacle majeur pour les familles.
Des organisations de défense des droits humains font état d'une détérioration de la situation générale au Burundi. Elles rapportent des cas d'assassinats ciblés, d'enlèvements, de tortures et de découvertes de corps, ce qui ajoute à un climat social déjà tendu. Ce contexte sécuritaire fragile s'ajoute aux difficultés économiques rencontrées par les citoyens burundais, créant un sentiment d'insécurité et de vulnérabilité qui rend d'autant plus inopportunes les exigences de contributions financières pour des événements politiques. La peur des représailles en cas de non-conformité aux directives officielles est un facteur sous-jacent qui pèse sur la décision des citoyens de contribuer ou de participer.
Réactions et conséquences des collectes
Les demandes de contributions financières ont ciblé un large éventail de la société burundaise, avec des montants adaptés, ou plutôt différenciés, en fonction des catégories socio-professionnelles. Des ménages ruraux auraient été sollicités pour une contribution de 2 000 francs burundais chacun. Ces demandes s'inscrivaient dans le cadre des collectes organisées en amont de l'événement de prière présidentielle. Cette exigence financière concernait une partie significative de la population burundaise vivant dans les zones rurales, où le revenu est souvent irrégulier et faible, rendant même une somme modeste difficile à rassembler.
Parallèlement, des enseignants et des fonctionnaires de base auraient été invités à verser 5 000 francs burundais par personne pour soutenir l'organisation de la manifestation. Cette contribution s'ajoutait aux pressions exercées sur les diverses catégories de la population pour assurer leur participation et le financement de l'événement. Pour ces professionnels dont les salaires sont souvent modestes, ces 5 000 francs représentent une part non négligeable de leur revenu mensuel, surtout dans un contexte d'inflation galopante.
Les commerçants, opérateurs économiques et détenteurs d'ordonnances ministérielles ont été ciblés par des demandes de contributions plus substantielles. Les montants sollicités se situaient entre 50 000 et 100 000 francs burundais, ou davantage, selon les rapports. Ces contributions différenciées reflètent une stratification des exigences financières en fonction du statut social ou économique des individus, les acteurs économiques étant perçus comme ayant une plus grande capacité de financement. Pour ces derniers, la non-conformité pouvait potentiellement entraîner des conséquences négatives sur leurs activités ou leurs relations avec l'administration.
Face aux controverses suscitées par ces collectes, des avertissements auraient été émis afin d'empêcher la diffusion de documents prouvant les contributions demandées. Cette mesure visait à contrôler la communication autour de l'événement et à limiter la propagation des informations concernant la nature prétendument forcée de ces apports financiers. La tentative de dissimuler ces preuves note la conscience des organisateurs quant à la nature délicate et potentiellement illégale de ces pratiques. Ces avertissements ont eu pour effet de décourager la documentation et la dénonciation de ces exigences, créant un climat de peur et de silence autour de l'événement de Muyinga. La réticence à partager des preuves tangibles rend difficile la quantification exacte de l'ampleur de ces collectes, mais les témoignages convergent vers une pratique généralisée et systématique.