Frappe de drone présumée par les FARDC à Mushaki : plus de vingt morts et un tollé international

RDC : des drones frappent un marché à Mushaki, l’AFC/M23 dénonce un « massacre de civils »
Photo: SOS Médias Burundi via Sosmediasburundi

Un drone militaire, présumé appartenir aux FARDC, a frappé le centre de Mushaki, dans le territoire de Masisi (Nord-Kivu), le vendredi 8 mai 2026. Cette frappe a provoqué la mort d'au moins 20 civils et en a blessé plus de 57, incluant des femmes et des enfants, selon les déclarations de l'Alliance Fleuve Congo (AFC/M23). L'AFC/M23, qui dénonce un « crime de guerre » et un « crime contre l’humanité », a imputé la responsabilité de cette attaque aux forces armées congolaises. Les bombes ont touché une zone civile, soulevant de vives condamnations et des appels à une enquête approfondie sur l'incident et ses conséquences humanitaires. La frappe, survenue en plein jour, a semé la terreur parmi la population locale, déjà éprouvée par des années de conflit.

Attaques répétées dans la région

La frappe de drone du 8 mai marque la quatrième attaque signalée à Mushaki depuis 2024. Cette récurrence note l'intensification des hostilités dans cette zone stratégique. Auparavant, le 19 janvier 2024, une ferme située sur les terres de l'ancien président Joseph Kabila avait été spécifiquement ciblée par des frappes aériennes. Des sources avaient alors indiqué que des drones CH-4 des FARDC auraient été utilisés lors de cette opération, marquant déjà une utilisation de cette technologie dans le conflit.

Dans la région de Minembwe, plusieurs frappes ont également été rapportées, causant des pertes civiles. Des localités telles que Kakenke et Mikenke ont été le théâtre de ces attaques, où des infrastructures civiles ont été endommagées. Des frappes ont aussi touché Lumbishi et Rutare, où des civils auraient été tués, notamment un garçon de 14 ans et une femme centenaire, selon les informations disponibles, ce qui met en lumière le coût humain dévastateur de ces opérations. Ces incidents répétés suscitent une inquiétude croissante quant à la protection des populations non-combattantes.

Contexte du conflit et des alliances

Le M23, une rébellion d'anciens Tutsis, a repris les armes en 2021 et s'est intégré depuis lors à l'Alliance Fleuve Congo (AFC). Cette coalition est dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) de la RDC. L'activité du M23 au sein de l'AFC marque une nouvelle étape dans les dynamiques conflictuelles de l'est de la République démocratique du Congo, introduisant une dimension politique et militaire complexe.

Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, fournissant des armes et des troupes, une allégation que le Rwanda nie catégoriquement et qualifie de campagne de désinformation. Kigali, pour sa part, affirme que la République démocratique du Congo et le Burundi apportent leur soutien aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé composé en partie d'anciens génocidaires rwandais. Ces accusations mutuelles complexifient les relations diplomatiques et la résolution du conflit dans la région, rendant tout dialogue de paix difficile.

Le Burundi a déployé des milliers de soldats dans l'est de la République démocratique du Congo entre 2022 et 2025. Ces forces burundaises ont opéré aux côtés des FARDC et des milices Wazalendo, des groupes d'auto-défense locaux, contribuant ainsi aux efforts militaires dans cette zone sous tension. Cette présence étrangère, bien que justifiée par la RDC comme une aide à la stabilisation, est perçue par certains comme un facteur d'escalade supplémentaire dans un conflit déjà multi-facettes.

Réactions et accusations

Les frappes ont touché une zone commerciale très fréquentée, entraînant la mort de plus de vingt personnes et plus de 60 blessés, selon plusieurs sources locales et rebelles. L'attaque a provoqué une panique générale au marché central, poussant les habitants à fuir vers les zones environnantes, cherchant refuge dans des villages voisins ou des forêts. La détresse des civils est palpable, beaucoup ayant tout perdu dans cette violence aveugle. Une travailleuse humanitaire française, Karine Buisset, employée de l'UNICEF, est décédée lors d'une attaque de drone à Goma le 11 mars 2026, soulignant le danger accru pour le personnel humanitaire dans la région. Cet incident a provoqué une onde de choc au sein de la communauté internationale et des organisations non gouvernementales.

La Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) a condamné l'augmentation de la violence contre les civils et a exprimé sa vive préoccupation concernant les récents bombardements à Kilolirwe et Mushaki. La MONUSCO a appelé toutes les parties au conflit à respecter le droit international humanitaire et à protéger les populations civiles. En réponse aux frappes des FARDC, le M23 affirme avoir mené au moins deux attaques contre le centre de commandement des drones à Kisangani, cherchant à neutraliser les capacités aériennes de l'armée congolaise. Le porte-parole militaire du M23, le Colonel Willy Ngoma, une figure emblématique de la rébellion, a été tué en février 2026 dans la zone minière de Rubaya, un coup dur pour le commandement de l'AFC/M23.

Appels à la retenue et développements judiciaires

Des témoins affirment que la frappe du 8 mai à Mushaki visait spécifiquement le Brigadier Général Justin Gacheri Musanga, officier du M23, qui participait à une réunion avec des responsables politiques et l'administrateur territorial au moment de l'attaque. Cette information, si elle est confirmée, soulèverait des questions sur la précision des frappes et le respect des règles d'engagement. D'autres frappes ont ciblé des positions rebelles à Mushaki et sur la colline de Misekera les 24 février 2026 et 7 mars 2026, illustrant une campagne aérienne soutenue des FARDC contre les bastions de l'AFC/M23.

Joseph Kabila, l'ancien président de la RDC, a été condamné à mort en septembre 2025 par la Haute Cour militaire congolaise. Il a été accusé d'être le "chef de la coalition AFC/M23", une allégation qui a ajouté une dimension politique explosive au conflit et a été largement débattue sur la scène nationale et internationale. La condamnation de l'ancien chef d'État, bien que symbolique en l'absence de son arrestation, envoie un message fort sur la détermination de Kinshasa à lutter contre toute forme de rébellion et de collaboration avec des groupes armés. Ces développements judiciaires et militaires complexes soulignent la nature profondément enracinée et multifactorielle du conflit dans l'est de la RDC.