Des journalistes ont été exclus vendredi 8 mai 2026 d'une réunion publique organisée dans la commune de Makamba, en province de Burunga, où ils avaient été priés de quitter la salle. Cet incident s'est déroulé lors d'une rencontre présentée comme une réunion de développement communal ouverte au public. Seuls les reporters de trois médias jugés proches ou contrôlés par le parti au pouvoir ont été autorisés à couvrir l'événement, suscitant des interrogations sur la transparence et l'accès à l'information. Le lendemain, des professionnels des médias ont également été écartés d'une cérémonie au stade, marquant une série d'exclusions. Cette manifestation concernait un partenariat impliquant la fondation Pax Burundi et une entreprise de télécommunications gérée par des intérêts vietnamiens. L'exclusion de journalistes d'événements publics s'est ainsi produite à deux reprises consécutives dans la province, alimentant les inquiétudes quant à la liberté de la presse dans la région.
Exclusions répétées d'événements et contrôle de l'information
La réunion du vendredi 8 mai, présentée comme une rencontre de développement communal ouverte au public, était organisée par le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo. Cette rencontre, qui aurait dû permettre une large couverture médiatique, a été restreinte aux seuls médias autorisés. La décision d'exclure les journalistes proviendrait des responsables de la communication du parti au pouvoir, selon des informations recueillies sur place. Cette directive soulève des questions sur la volonté de contrôler le récit des événements publics.
Le même vendredi, des journalistes ont également été expulsés d'une salle alors qu'ils attendaient M. Ndikuriyo pour une autre couverture. Cette expulsion s'est déroulée dans des circonstances similaires, renforçant l'impression d'une politique délibérée visant à limiter l'accès des médias indépendants. La police aurait été sollicitée par le directeur d'Aigle Sport FM pour écarter les reporters de la salle, ce qui ajoute une dimension préoccupante quant à l'implication des forces de l'ordre dans ces restrictions. Pendant la récente tournée de Révérien Ndikuriyo à travers les provinces et les communes, aucun journaliste extérieur à son équipe officielle n'a eu accès à ses réunions, y compris ceux des médias publics. Cette pratique systématique de restriction d'accès a privé le public d'une couverture diversifiée des activités du secrétaire général du parti au pouvoir.
Les journalistes présents ont exprimé leur frustration face à ces exclusions répétées. Ils ont souligné que de telles pratiques entravent leur capacité à informer le public de manière complète et objective sur des événements d'intérêt général. L'autorisation sélective accordée à une poignée de médias considérés comme proches du pouvoir est perçue comme une tentative de façonner le discours public et de limiter la diffusion d'informations qui pourraient ne pas être favorables.
Antécédents de répression et impunité
Le Burundi continue de faire face à des défis concernant l'indépendance des médias et la sécurité des journalistes, selon des observations récurrentes de plusieurs organisations de défense des droits humains et de la presse. Ces préoccupations s'inscrivent dans un contexte où les professionnels de l'information signalent des pressions croissantes, allant des menaces verbales aux agressions physiques. Ces incidents récents en province de Burunga s'ajoutent à une longue liste d'entraves au travail journalistique.
Un exemple marquant de ces défis est l'agression subie par le journaliste Audrique Niyuhire à la fin de l'année 2025. Collaborateur pour Aigle Sport FM et Isoko FM, il a été passé à tabac par des policiers alors qu'il exerçait ses fonctions. Cet incident a suscité l'indignation au sein de la communauté médiatique nationale et internationale, qui a appelé à une enquête approfondie et à des sanctions exemplaires contre les responsables.
Malgré les promesses d'enquête et de sanctions faites à l'époque par les autorités burundaises, l'affaire Audrique Niyuhire aurait été classée sans suite. L'absence de progrès dans ce dossier alimente les inquiétudes quant à l'impunité et à la protection des journalistes dans l'exercice de leurs fonctions, selon plusieurs sources proches du dossier. Cette impunité perçue encourage un climat de peur et d'autocensure parmi les professionnels des médias, qui craignent des représailles sans que justice ne soit rendue. Des cas comme celui d'Audrique Niyuhire illustrent les risques personnels auxquels sont confrontés les journalistes qui tentent de couvrir des sujets sensibles ou de critiquer les actions des autorités.
Contexte de la liberté de presse au Burundi
Le Burundi se classe au 119e rang sur 180 pays dans l'édition 2026 du Classement mondial de la liberté de la presse, publié le 30 avril. Ce classement, établi annuellement par Reporters sans frontières (RSF), mesure le niveau de liberté dont jouissent les journalistes et les médias dans chaque pays, en évaluant des critères tels que le pluralisme, l'indépendance des médias, le cadre légal et la sécurité des journalistes. Le positionnement du Burundi reflète les défis persistants auxquels est confrontée la profession journalistique dans la nation, malgré une légère amélioration.
Le pays a toutefois enregistré une légère amélioration de sa situation par rapport à l'année précédente. Le Burundi a gagné six places, passant de la 125e position en 2025 à la 119e en 2026. Cette progression intervient dans un contexte où les préoccupations concernant l'indépendance des médias et la sécurité des journalistes demeurent, comme en témoignent les récents incidents en province de Burunga. Bien que cette amélioration soit un signe positif, les organisations de défense de la liberté de la presse appellent à ne pas relâcher la vigilance. Elles soulignent que les défis structurels, tels que la législation restrictive, l'ingérence politique et l'impunité des agresseurs de journalistes, doivent encore être résolus pour garantir une liberté de la presse durable et effective. Les exclusions répétées d'événements publics sont un rappel que le chemin vers une pleine liberté de la presse reste long au Burundi.