Retrait des rebelles M23 dans le Sud-Kivu et repositionnement stratégique

Des rebelles du mouvement M23, désormais intégrés au sein de l'Alliance Fleuve Congo (AFC) dirigée par Corneille Nangaa, ont quitté plusieurs localités de la Plaine de la Rusizi, dans le territoire d'Uvira au Sud-Kivu, le lundi 12 mai 2026. Ce retrait concerne notamment les localités de Kabunambo, Sange, Mutarule, Luberizi, Bwegera, Lemera et Luvungi, marquant un déplacement significatif dans la dynamique du conflit. Les combattants se dirigent actuellement vers Katogota, une zone qu'ils occupaient déjà en décembre 2025, ce qui suggère un repositionnement stratégique plutôt qu'un retrait complet de la région. Ce déplacement intervient après un précédent retrait des rebelles M23 de la ville d'Uvira, survenu le 18 janvier 2026, après plus d'un mois d'occupation.

Célébrations locales et arrivée à Katogota

Dans les localités de Sange, Luberizi et Lemera, les habitants ont célébré avec soulagement le départ des rebelles du M23, marquant la fin de leur présence dans ces zones et l'espoir d'un retour à une certaine normalité. Parallèlement, des résidents de Katogota ont confirmé l'arrivée massive des combattants du M23 dans leur secteur, témoignant de l'ampleur du mouvement de troupes. Ce mouvement a été observé alors que d'autres groupes rebelles auraient, quant à eux, pris la direction de Kamanyola, selon des informations rapportées par des sources locales.

La ville d'Uvira était restée sous occupation rebelle pendant plus d'un mois avant le retrait des combattants, une période qui a eu des conséquences dévastatrices pour la population. Cette situation a entraîné des déplacements massifs, des milliers de civils fuyant leurs villages en raison des hostilités persistantes et de l'insécurité généralisée dans la région. La présence armée et les affrontements ont contraint de nombreuses familles à abandonner leurs foyers et leurs moyens de subsistance, exacerbant une crise humanitaire déjà complexe.

Contexte du conflit et alliances régionales

Le Burundi a déployé plus de 29 000 soldats dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), opérant aux côtés des Forces armées de la RDC (FARDC) et des milices Wazalendo. Ces détails précis de déploiement proviennent d'un rapport interne du ministère congolais de l'Intérieur et de la Sécurité, consulté en décembre 2025, soulignant l'implication régionale dans le conflit. Les milices Wazalendo, censées soutenir les FARDC, sont accusées de pillages et de destructions de maisons appartenant à des membres de la communauté Tutsi après avoir regagné certaines zones, ce qui complique davantage la situation intercommunautaire.

Le M23 est une ancienne rébellion Tutsi qui a repris les armes fin 2021, affirmant défendre les intérêts de cette communauté. Ce groupe contrôle des zones stratégiques vitales pour l'économie et la sécurité de la RDC, notamment la frontière avec l'Ouganda à Bunagana, ainsi que les villes de Goma et Bukavu, des centres urbains majeurs dans l'est du pays. Au-delà des centres urbains et des frontières, le M23 contrôle également le site minier de Rubaya, décrit comme l'un des plus importants gisements de coltan au niveau mondial, offrant au groupe un contrôle sur des ressources précieuses. L'AFC, l'Alliance Fleuve Congo, sous la direction de Corneille Nangaa, milite pour un État fédéral en République démocratique du Congo, proposant une réorganisation politique du pays.

Implications diplomatiques et accords internationaux

Un accord clé, surnommé l'Accord de Washington, a été conclu entre le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC) dans le but d'apaiser les tensions régionales. Cet accord a été signé sous la médiation du président américain Donald Trump, selon des sources bien informées, soulignant l'importance de l'engagement international dans la résolution du conflit. Certaines sources locales suggèrent que le retrait actuel des rebelles est directement lié à la pression diplomatique exercée par les États-Unis, s'inscrivant dans le cadre des engagements pris après la signature de cet Accord de Washington.

Sur le plan diplomatique, Kinshasa continue d'accuser fermement le Rwanda de soutenir activement les rebelles du M23, une allégation qui alimente la méfiance entre les deux nations. De son côté, Kigali nie catégoriquement tout soutien au M23, malgré des rapports d'experts des Nations Unies qui pointent le contraire, présentant des preuves de l'implication rwandaise. En retour, le Rwanda accuse également le Burundi et la RDC de soutenir les FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont la présence dans l'est du Congo est une source de préoccupation sécuritaire pour Kigali. Le Burundi, en tant qu'acteur régional clé, a participé à l'Accord de Washington en tant qu'observateur, représenté par son président, Évariste Ndayishimiye, ce qui témoigne de l'effort collectif pour trouver une solution durable à la crise.