Kirundo : Des habitants dénoncent des collectes forcées pour la commémoration de Nkurunziza

Denise Bucumi Nkurunziza prie devant la tombe de feu son époux en compagnie de ses enfants le 8 juin 2023
Photo: SOS Médias Burundi via Sosmediasburundi

Des habitants de Kirundo, dans la province de Butanyerera, dénoncent des contributions financières qu'ils qualifient de forcées. Ces collectes sont destinées aux cérémonies commémoratives prévues le 8 juin 2026 à Gitega. Des responsables locaux du parti CNDD-FDD, accompagnés de membres de leur ligue des jeunes, les Imbonerakure, sont en charge de ces opérations. Ils procèdent à des descentes porte-à-porte pour recueillir l'argent auprès de la population. La commémoration du 8 juin à Gitega est un événement annuel qui mobilise fortement les structures politiques et administratives du Burundi. Cette mobilisation implique souvent des efforts significatifs pour garantir une participation massive et les ressources nécessaires à l'organisation des festivités.

Modalités des contributions exigées et pressions exercées

L'argent collecté est destiné, selon les informations recueillies, au transport des participants aux cérémonies, y compris des jeunes mobilisés pour l'événement. Ces fonds sont jugés essentiels par les organisateurs pour acheminer les délégations de tout le pays vers Gitega, le lieu central des commémorations. Les contributions demandées sont établies avec une structure définie, en fonction des catégories socioprofessionnelles des habitants de Kirundo. Cette approche segmentée vise à optimiser la collecte en fonction des capacités financières présumées de chacun.

Les fonctionnaires affiliés au parti CNDD-FDD sont notamment appelés à verser des montants, ces derniers débutant à environ 10 000 francs burundais. Pour cette catégorie, l'affiliation au parti semble être un facteur déterminant dans la fixation du montant attendu. Pour les citoyens qui ne sont pas membres du parti au pouvoir, les montants des contributions requises varient généralement entre 3 000 et 5 000 francs burundais. Cette fourchette reflète une attente moindre mais toujours présente pour la population générale. Les commerçants de la région sont également sollicités de manière significative, avec des contributions exigées qui s'étendent de 30 000 à 100 000 francs burundais, reflétant la perception de leur capacité financière supérieure. Ces modalités de collecte soulèvent des inquiétudes quant à leur caractère obligatoire auprès des populations concernées, beaucoup se sentant contraints de participer.

Des habitants de Kirundo, en province de Butanyerera, rapportent être contraints de verser des contributions sans exception. Un résident de la commune de Kirundo a expliqué à un journaliste que « personne n'est laissé de côté », soulignant la pression généralisée exercée pour ces collectes. Les collecteurs, identifiés comme des responsables locaux du parti CNDD-FDD et des membres des Imbonerakure, n'épargnent aucune catégorie de la population, selon plusieurs témoignages recueillis sur place. Cette approche exhaustive vise à maximiser les fonds pour la commémoration de Pierre Nkurunziza, prévue à Gitega. La présence des Imbonerakure, la ligue des jeunes du parti au pouvoir, est particulièrement notée, car leur implication est souvent associée à une pression accrue sur les populations.

Même des citoyens non affiliés au parti au pouvoir affirment être concernés par ces collectes. Un habitant de la colline de Nyagahinda, dans la même commune, a confié que, malgré son absence d'affiliation au CNDD-FDD, il a été sommé de verser sa contribution. Il a ajouté qu'il a dû s'acquitter d'un montant de 3 000 francs burundais, craignant des répercussions en cas de refus. Ces témoignages mettent en lumière une pression qui s'étend au-delà des cercles du parti, touchant l'ensemble des résidents. La peur de potentielles conséquences en cas de non-paiement est un facteur clé de cette conformité forcée, selon plusieurs sources locales.

Manque de transparence et absence de traçabilité

Plusieurs habitants dénoncent également un manque de transparence criant dans la gestion des fonds collectés pour l'événement. Ils expriment des inquiétudes quant à l'utilisation des sommes versées, n'ayant aucune visibilité sur la manière dont cet argent est administré ou sur les dépenses exactes qu'il est censé couvrir. Ce manque de clarté alimente les soupçons et le mécontentement parmi ceux qui sont contraints de contribuer financièrement aux cérémonies. L'absence de communication claire sur le budget prévisionnel ou le suivi des dépenses renforce ce sentiment d'opacité.

Aucun reçu officiel n'est délivré aux contribuables lors de ces collectes. Les noms des personnes ayant versé de l'argent sont simplement inscrits dans des cahiers tenus par les collecteurs. Un commerçant de Kirundo indique que cette pratique empêche toute traçabilité des fonds et renforce le sentiment d'opacité. L'absence de documents officiels pour attester des contributions rend difficile toute vérification ou contestation ultérieure, laissant les donateurs sans preuve de leur paiement. Cette situation est perçue comme un signe d'une gestion arbitraire, où les fonds pourraient être détournés sans que personne ne puisse en rendre compte.

Contexte et réactions locales face à une mobilisation nationale

Ces collectes s'organisent au niveau local dans plusieurs quartiers et collines de la commune de Kirundo. Des équipes composées de responsables locaux du parti CNDD-FDD et de membres des Imbonerakure mènent ces opérations de porte-à-porte, ciblant l'ensemble des habitants. La pression exercée pour obtenir ces contributions est palpable, les résidents craignant des représailles en cas de refus, comme en témoignent plusieurs sources sur place. L'objectif est de mobiliser des fonds pour le transport des participants aux cérémonies de commémoration de Pierre Nkurunziza, qui auront lieu à Gitega. La méthode de collecte, par des descentes porte-à-porte, assure que personne n'échappe à la sollicitation, augmentant ainsi l'efficacité de la collecte mais aussi le sentiment de contrainte.

Pierre Nkurunziza a dirigé le Burundi pendant 15 ans avant son décès en 2020. Son mandat a été marqué par des événements significatifs et sa figure reste centrale dans la vie politique burundaise. Sa commémoration annuelle est un événement d'importance nationale, mobilisant les structures politiques et administratives du pays. Chaque année, le 8 juin, les autorités déploient des efforts considérables pour honorer sa mémoire, ce qui se traduit par des exigences de participation et de financement à travers le pays. Les contributions exigées à Kirundo s'inscrivent dans ce cadre, visant à assurer une forte participation aux cérémonies prévues le 8 juin 2026.

Malgré l'importance officielle de cet événement, les habitants de Kirundo continuent de se plaindre. Ils n'ont aucune visibilité sur la gestion des fonds collectés, et aucun reçu officiel n'est délivré, ce qui alimente un sentiment de méfiance et de contrainte. La répétition annuelle de ces collectes forcées pèse sur les ménages, en particulier ceux dont les ressources sont déjà limitées. Le fait que ces pratiques se déroulent dans une province comme Butanyerera, et spécifiquement dans la commune de Kirundo, met en lumière la portée nationale de cette méthode de financement des événements commémoratifs, suscitant des interrogations sur la légalité et l'éthique de telles exigences financières.