La pérennité de l'institution des Bashingantahe au Burundi

Une cérémonie d'investiture pour un Mushingantahe s'est déroulée le 10 octobre 2026 au centre culturel Bwenge nyabwo, situé dans le quartier de Mutanga Sud, commune de Mukaza, province de Bujumbura. Charles Rwangarambe, un Mushingantahe, a déclaré : « Aujourd’hui, on assiste à une inversion des valeurs culturelles burundaises. Désormais, quelqu’un peut vous menacer en disant qu’il va vous couper à la machette et passer effectivement à l’acte, même si vous ne lui avez rien fait ». Il a ajouté : « Un Mushingantahe ne ment pas. Il dit toujours la vérité et défend la justice ». Edmond Ntazina, directeur de l'institution des Bashingantahe à Bujumbura, a précisé : « Lors de son investiture, le Mushingantahe prête serment et signe un engagement par lequel il promet de préserver le secret. Cela démontre l’importance de cette responsabilité, qu’il assume sans percevoir aucune rémunération ».

Le serment et l'engagement

L'investiture d'un Mushingantahe impose une procédure formelle garante de la probité de sa fonction. Chaque impétrant doit prêter un serment solennel devant ses pairs et l'assemblée présente. Cette étape rituelle se complète par la signature d'un accord écrit. Par cet engagement officiel, le nouveau Mushingantahe s'oblige formellement à maintenir la confidentialité des dossiers et des échanges traités dans le cadre de sa mission de médiation. Cette obligation de réserve constitue un pilier de la confiance accordée à l'institution. Elle note le poids de la responsabilité acceptée par l'individu, qui exerce ses fonctions sans aucune contrepartie financière. La pérennité de cette institution repose ainsi sur le respect rigoureux de ces engagements éthiques, visant à protéger l'intégrité des processus de résolution des conflits au sein de la société burundaise.

Intégrité et indépendance institutionnelle

L'institution des Bashingantahe se distingue nettement de celle des notables collinaires par le caractère bénévole de ses membres. Contrairement à d'autres structures de gouvernance locale, les Bashingantahe n'exercent aucune activité rémunérée, garantissant ainsi une indépendance totale dans leurs missions de médiation et de résolution des conflits au Burundi.

Charles Rwangarambe note cette intégrité historique par les résultats de recherches locales. Il précise : « Selon les enquêtes menées à Kirundo, aucun mushingantahe n’a tué quelqu’un lors des le crise de 1993. Cela fait partie des rares catégories de personnes dont les enquêtes pourraient confirmer qu’elles n’ont pas participé aux massacres qui ont eu lieu dans le pays ». Ces données recueillies dans la province de Kirundo attestent d'une neutralité préservée durant cette période de crise nationale.

La sélection des candidats repose également sur des critères visant à renforcer la cohésion sociale et à prévenir les biais communautaires. Les postulants à la fonction de Mushingantahe reçoivent l'encouragement formel de se faire parrainer par une personne issue d'un groupe ethnique différent du leur. Cette procédure de sélection favorise une représentativité équilibrée et une impartialité accrue au sein de l'institution, en ancrant la légitimité du nouveau membre au-delà des affiliations identitaires habituelles. Cette pratique vise à consolider la confiance accordée par les populations aux décisions prises par les Bashingantahe.