Des femmes de la communauté Batwa résidant sur la colline de Rwamvura, dans la zone de Kigamba de la commune de Ruyigi, font face à des propositions sexuelles fondées sur la croyance erronée que leurs relations guériraient les maux de dos. Daphrose Nizigamana témoigne : « Quand j’étais jeune, certains hommes issus d’autres ethnies m’ont proposé d’avoir des relations sexuelles en avançant cette croyance, mais je n’ai jamais accepté. » M.B. Ajoute : « Les personnes qui ont ce genre de mentalité devraient abandonner ces idées. Nous savons que lorsque nous sommes malades, nous allons nous faire soigner chez le médecin. Nous n’avons aucun médicament en nous pour guérir les maladies. » Gérard Sindaharaye, conseiller au département du Genre à Ruyigi, confirme l’absence de preuves. « Ceux qui continuent à véhiculer ces stéréotypes le font sans fondement. Personne n’a jamais témoigné qu’il est guéri de son mal de dos après avoir eu des rapports sexuels avec une femme mutwa », explique-t-il.
Un mythe dangereux et infondé
Emmanuel Nengo, représentant légal de l'organisation Uniproba, soutient que ce mythe a été créé par des hommes cherchant à justifier des relations sexuelles avec des femmes Batwa sans engagement matrimonial durant des périodes de forte discrimination. Face à ces préjugés, Uniproba mène des campagnes de sensibilisation auprès des jeunes femmes Batwa pour démontrer l'absence de fondement scientifique de cette croyance. Jeanne Nsengiyumva précise : « Ça n’a aucun fondement. Nous n’avons aucun médicament en nous pour guérir une maladie. » Daphrose Nizigamana insiste sur l'égalité : « Nous sommes des personnes comme les autres. Il faut nous considérer au même titre que les personnes des autres ethnies et ne pas nous discriminer. » Aline Nshimirimana ajoute : « Nous vivons très bien avec eux. Il n’y a pas de discrimination. »
La réalité sociale des Batwa
La communauté Batwa subit quotidiennement des préjugés qui dépassent le cadre des croyances liées aux rapports sexuels. De nombreux Burundais perçoivent encore ces citoyens comme des individus dépourvus d'éducation, incapables d'intégration sociale ou systématiquement associés au vol. Ces stigmates contribuent à maintenir une marginalisation persistante au sein de la société.
Joël Icitegetse, chef de sous-colline, conteste fermement ces généralisations stigmatisantes. Selon lui, la précarité économique constitue le véritable défi auquel fait face la communauté, plutôt qu'une propension naturelle à la délinquance. « On ne peut pas généraliser à partir d’une ou de deux personnes que l’on aurait vues voler. Les Batwa sont comme les autres même s’ils sont particulièrement touchés par la pauvreté », explique Joël Icitegetse. Il note que le manque de ressources matérielles ne saurait être confondu avec une quelconque caractéristique comportementale propre à l'ethnie.
Malgré ces barrières persistantes, les dynamiques sociales montrent des signes de transformation concrète. Barnabé Ngendakumana observe une évolution dans les interactions quotidiennes et la structure des familles. Les unions interethniques entre membres de la communauté Batwa et d'autres groupes ethniques deviennent une réalité, marquant un recul progressif du repli communautaire. « Ma fille s’est récemment mariée avec un homme hutu. Nous partageons parfois même la bière ensemble. On voit qu’il y a une évolution », confie Barnabé Ngendakumana. Cette normalisation des relations personnelles et familiales témoigne d'un changement dans la cohabitation, suggérant une intégration sociale qui tend à s'affranchir des préjugés ancestraux.