Le Burundi lance une réforme éducative majeure pour corriger les lacunes du passé

Dans une salle de classe burundaise, une élève se lève pour répondre à une question de son enseignant. Malgré les efforts, le système éducatif du pays connaît une dégradation inquiétante.
Photo: SOS Médias Burundi via Sosmediasburundi

Le gouvernement burundais lance une nouvelle réforme éducative visant à corriger les lacunes du système actuel, a annoncé André Nduwimana, Directeur Général des programmes préscolaires, fondamentaux, post-fondamentaux, généraux et pédagogiques. Cette initiative, qui marque un tournant significatif pour l'avenir de l'enseignement dans le pays, intervient alors que le système d'« École fondamentale », mis en place il y a plus d'une décennie, fait l'objet d'un profond questionnement. Le Premier ministre Nestor Ntahontuye a confirmé cette réforme jeudi lors d'une émission publique, soulignant l'engagement du gouvernement à améliorer la qualité de l'éducation. Les autorités attribuent les dysfonctionnements observés, incluant une baisse notable du niveau des élèves en français, à une mise en œuvre précipitée de l'« École fondamentale ». André Nduwimana a souligné que « On ne peut pas instaurer un nouveau programme sans que les enseignants le maîtrisent et espérer réussir », mettant en lumière l'importance d'une préparation adéquate pour toute réforme éducative.

Raisons de la refonte et constats alarmants

Les programmes actuels sont jugés inadéquats pour répondre aux besoins éducatifs du pays, une situation qui a alimenté les critiques de spécialistes depuis plusieurs années. Cette perception d'inadéquation est le fruit d'observations continues et d'évaluations approfondies. Une évaluation approfondie du système éducatif a mis en lumière des répétitions inutiles dans les contenus pédagogiques ainsi que des lacunes importantes dans certaines matières. Ces redondances et ces manques affaiblissent la cohérence et l'efficacité de l'apprentissage. La faiblesse des élèves en français, identifiée comme une problématique majeure, a un impact négatif sur l'apprentissage dans d'autres disciplines, rendant plus complexe l'acquisition de connaissances transversales et limitant l'accès à un vaste corpus de savoirs. Les autorités ont clairement indiqué que ces dysfonctionnements sont largement attribués à la mise en œuvre trop rapide et parfois désordonnée du système d'« École fondamentale ».

Libérat Ntibashirakandi, éducateur et expert reconnu, avait déjà diagnostiqué des problèmes graves au sein du système éducatif national lors des « États généraux de l'Éducation » organisés en 2014. Le rapport issu de cette rencontre soulignait plusieurs défis majeurs, dont la persistance a contribué à la nécessité de la réforme actuelle. Parmi ceux-ci figuraient le manque d'enseignants qualifiés, une insuffisance criante de matériel didactique, et la problématique des classes surchargées, qui entravent l'efficacité de l'enseignement en limitant l'attention individuelle que les professeurs peuvent accorder à chaque élève. L'expert avait également pointé des déficits de planification et une démotivation palpable chez le corps enseignant, des facteurs cruciaux qui affectent directement la qualité de l'enseignement. La conclusion de Libérat Ntibashirakandi en 2014 mettait en garde contre une « improvisation des réformes », suggérant que les changements précédents n'avaient pas été suffisamment pensés ou préparés pour garantir leur succès durable. Ces constats, formulés il y a près d'une décennie, ont contribué à la décision du gouvernement de lancer une réforme structurelle plus complète et mieux planifiée.

Détails de la nouvelle réforme et sa mise en œuvre progressive

La réforme sera introduite progressivement, ciblant les niveaux de la 7ème, 8ème, 9ème et 10ème années scolaires. Cette approche graduelle est conçue pour permettre une transition en douceur et une meilleure adaptation de l'ensemble du système éducatif. Le ministère de tutelle a élaboré un nouveau bloc de connaissances qui s'appuie sur des orientations nationales, régionales et internationales, garantissant ainsi que les programmes sont à la fois pertinents localement et en phase avec les standards mondiaux. Ce plan pédagogique, qui couvre spécifiquement les classes de la 7ème à la 10ème année, a été conçu en tenant compte des recommandations issues des récentes évaluations du système éducatif, intégrant les leçons apprises des expériences passées.

La mise en œuvre progressive prévoit que la classe de 10ème année ouvrira ses portes lors de l'année scolaire 2027-2028. Cette temporalité étalée sur plusieurs années vise à assurer une transition plus fluide et à permettre une meilleure adaptation des programmes et des ressources, y compris la formation des enseignants et la production de nouveaux matériels didactiques. Des ajustements seront réalisés au fur et à mesure de l'avancement de la réforme pour intégrer les retours d'expérience et optimiser son efficacité, assurant ainsi une amélioration continue du processus.

Le Premier ministre Nestor Ntahontuye a également annoncé la réouverture des internats pour les élèves de 7ème année admis dans les écoles d'excellence. Cette mesure vise à offrir un cadre propice à l'apprentissage et à l'épanouissement des élèves les plus performants, en leur assurant un environnement stable, des conditions d'étude améliorées et un encadrement renforcé. La réactivation de ces internats représente un investissement significatif dans la formation des futures élites du pays, leur offrant les meilleures chances de réussite académique et professionnelle.

Parallèlement, le système de restauration estudiantine à l'Université du Burundi sera rétabli. Cette décision répond à une demande de longue date des étudiants et vise à améliorer leurs conditions de vie sur le campus, contribuant ainsi à leur réussite académique. La reprise de ce service est perçue comme un soutien concret aux étudiants, allégeant une partie de leurs charges quotidiennes et leur permettant de se concentrer davantage sur leurs études et leur parcours universitaire.

Réactions et perspectives d'avenir

La mise en œuvre progressive de la réforme débutera dès l'année scolaire 2026-2027. Cette information a été communiquée lors d'une interview accordée à Radio Nderagakura par André Nduwimana, détaillant le calendrier d'introduction des changements dans le système éducatif burundais et la vision du gouvernement pour son déploiement. L'annonce de cette réforme a suscité des réactions parmi les acteurs du secteur éducatif, qui suivent avec attention l'évolution de ces changements.

Les syndicats d'enseignants ont salué l'initiative du gouvernement concernant cette réforme éducative, reconnaissant la nécessité d'une transformation en profondeur du système. Ils ont toutefois souligné l'importance d'accompagner cette démarche par des mesures de soutien adéquates pour garantir son succès et éviter les écueils des réformes précédentes. Ils insistent sur le fait que l'amélioration durable du système éducatif dépendra de plusieurs facteurs clés, qui doivent être pris en compte de manière holistique.

Selon les syndicats d'enseignants, une formation suffisante des professeurs est impérative pour que ces derniers puissent maîtriser les nouveaux programmes et méthodes pédagogiques. Ils estiment que sans une préparation adéquate du corps enseignant, l'efficacité des nouveaux programmes serait compromise. Ils mettent également en avant la nécessité d'assurer la disponibilité des matériels didactiques essentiels, afin que les élèves et les enseignants disposent des ressources nécessaires à un apprentissage efficace et à une transmission optimale des connaissances.

Les syndicats ont rappelé que de meilleures conditions de travail pour le corps enseignant sont indispensables pour motiver les professionnels, attirer de nouveaux talents et éviter une déperdition des compétences précieuses. Enfin, ils estiment qu'une planification rigoureuse est clé pour éviter les écueils des réformes passées et assurer une transition fluide et réussie vers le nouveau système éducatif, garantissant ainsi un impact positif et durable sur les générations futures d'élèves burundais.