Le retour des exilés burundais, un levier pour la cohésion sociale et la lutte contre les discours de haine

Pour certains habitants de Muyange, il est possible de vivre ensemble malgré les divergences
Photo via Iwacu-burundi

Les résidents de la colline de Muyange, dans la commune de Nyanza (province de Burunga), estiment que l'absence de Burundais exilés contre leur gré alimente la méfiance entre les populations rapatriées et les habitants locaux. Cette perception, partagée par de nombreux habitants, note l'importance clé du retour de ces populations pour la reconstruction du tissu social. Désiré Mukunzi, conseiller communal sur la colline de Muyange et ancien réfugié, est rentré au Burundi en 2012, apportant avec lui une expérience directe des défis et des espoirs liés à l'exil.

M. Mukunzi a déclaré qu'« au camp de réfugiés en Tanzanie, les informations diffusées présentaient souvent les personnes restées au pays comme responsables des malheurs des exilés », ajoutant que « ces messages provoquent le découragement et entretiennent la méfiance envers le Burundi ». Ces récits contribuent à créer une fracture profonde entre les communautés. Il a également affirmé que « certains groupes s’opposent au retour des réfugiés afin de préserver leurs propres intérêts, malgré le retour de la paix et de la stabilité dans le pays ». Selon Désiré Mukunzi, « la présence de milliers de Burundais à l’extérieur demeure une source d’inquiétude », et il craint que « certaines personnes ne puissent être manipulées et utilisées pour déstabiliser le pays ou remettre en cause les acquis déjà obtenus ». Cette manipulation potentielle est une menace sérieuse pour la stabilité nationale. Il a lancé un appel aux réfugiés pour qu’ils regagnent leur patrie, exhortant les communautés locales à réserver un bon accueil aux rapatriés et les habitants des collines à éviter toute méfiance.

Les racines de la méfiance

La présence de Burundais vivant à l'étranger contre leur gré alimente la méfiance entre exilés et résidents, a observé Dismas Ndayikengurukiye, chercheur et expert en consolidation de la paix. Cette situation peut conduire les résidents à considérer les exilés comme des personnes à surveiller, perpétuant ainsi un climat de méfiance et de suspicion. L'exil favorise également la propagation de rumeurs et de perceptions négatives entre ceux qui vivent à l'étranger et ceux qui sont restés au pays, selon des analyses approfondies. Ces rumeurs, souvent infondées, exacerbent les tensions et compliquent les efforts de réconciliation.

Désiré Mukunzi, conseiller communal sur la colline de Muyange, a affirmé qu'au sein des camps de réfugiés en Tanzanie, les informations diffusées présentaient souvent les personnes restées au Burundi comme responsables des malheurs des exilés. Ces messages, a-t-il ajouté, ont pour effet de provoquer le découragement et d'entretenir la méfiance envers le Burundi, rendant le retour d'autant plus difficile. Espérance Nkurikiye a également souligné que « les réfugiés perdent souvent espoir avec de longues années d’exil. Ils peuvent être manipulés par des groupes politiques. Certains craignent même que leur retour au pays ne mette leur vie en danger. À leur tour, des résidents peuvent considérer les exilés comme des personnes à surveiller. Ce qui entretient la méfiance. » Cette dynamique complexe crée un cercle vicieux de peur et de suspicion des deux côtés.

Le rôle des exilés dans la réconciliation

Le retour des exilés peut favoriser la cohésion sociale et contribuer à la réduction des discours de haine, selon plusieurs observations et analyses. Un rapatriement fondé sur le dialogue et la confiance permettrait d'atténuer les tensions et de diminuer les messages incitant à la haine, posant ainsi les bases d'une paix durable. Le retour des exilés offre l'opportunité d'un contact direct, ce qui aide à déconstruire les stéréotypes et à réduire les tensions. En interagissant directement, les communautés peuvent surmonter les préjugés et les idées fausses qui se sont développés pendant les années d'absence.

Les exilés rapatriés peuvent ainsi s'engager activement dans des initiatives de dialogue, de médiation et de réconciliation, apportant une perspective unique et précieuse à ces processus. Leur expérience de l'exil et leur désir de paix les positionnent comme des acteurs clés de la reconstruction. La vulnérabilité des exilés est parfois exploitée par des acteurs politiques pour les entraîner dans des rébellions, transformant leur désespoir en instrument de division. Le retour et la réintégration des exilés démontrent qu'il est possible de vivre ensemble malgré les différences, affaiblissant ainsi les messages qui présentent certains groupes comme des ennemis. Jean Ndayizeye estime que « les discours de haine prospèrent à partir de la peur de l’autre », et le retour des exilés est un puissant antidote à cette peur. Le retour et la réintégration des exilés démontrent concrètement qu’il est possible de vivre ensemble malgré les divergences, ce qui affaiblit les messages qui présentent certains groupes comme des ennemis.

Défis et perspectives

Certains exilés estiment que la stabilité demeure incomplète tant que tous les citoyens ne peuvent rentrer librement, tandis que d'autres voix appellent à la vigilance face à ce qui pourrait être préparé hors du pays, a rapporté Dismas Ndayikengurukiye. Cette dualité de perception met en lumière la complexité de la situation. Désiré Mukunzi craint que certaines personnes ne soient manipulées et utilisées pour déstabiliser le pays ou remettre en cause les acquis déjà obtenus, soulignant la nécessité d'une vigilance constante. M. Mukunzi a par ailleurs lancé un appel aux réfugiés pour qu’ils regagnent leur patrie, exhortant les communautés locales à réserver un bon accueil aux rapatriés et les habitants des collines à éviter toute méfiance envers ceux qui rentrent d'exil. Ce triple appel est essentiel pour assurer une réintégration réussie et apaisée.

Dismas Ndayikengurukiye, chercheur et expert en consolidation de la paix, estime que « le rapatriement volontaire des exilés peut contribuer à réduire les discours de haine, à condition que les causes de l’exil soient abordées dans un dialogue sincère entre les parties concernées ». Ce dialogue est fondamental pour panser les plaies du passé et construire un avenir commun. M. Ndayikengurukiye plaide pour un cadre de dialogue entre les exilés et les autorités afin d’évaluer les causes de l’exil, de rassurer les personnes concernées et de restaurer la confiance mutuelle. Ce cadre permettrait d'adresser les préoccupations spécifiques des exilés et de construire une feuille de route pour leur retour. Certains réfugiés craignent que leur retour au Burundi ne mette leur vie en danger, une peur légitime qui doit être prise en compte et apaisée.

Jean Ndayizeye estime que « les discours de haine prospèrent à partir de la peur de l’autre », ajoutant que « le retour et la réintégration des exilés démontrent concrètement qu’il est possible de vivre ensemble malgré les divergences, ce qui affaiblit les messages qui présentent certains groupes comme des ennemis ». Cette démonstration est un puissant outil de réconciliation. Cependant, certains groupes s’opposent au retour des réfugiés afin de préserver leurs propres intérêts, malgré le retour de la paix et de la stabilité dans le pays, créant des obstacles supplémentaires. Les réseaux sociaux amplifient aujourd’hui ces frustrations et peuvent favoriser la diffusion de messages hostiles, selon Dismas Ndayikengurukiye, rendant la tâche de la réconciliation encore plus ardue mais d'autant plus nécessaire.