Réconciliation CNL : Un mirage avant 2027 ?

Photo via Iwacu-burundi

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Deux ans après l'éviction d'Agathon Rwasa de la direction du parti CNL, des rumeurs de rapprochement entre son camp et l'actuelle direction, menée par Nestor Girukwishaka, circulent. Ces spéculations interviennent alors que le Burundi se prépare pour l'échéance politique majeure de l'élection présidentielle de 2027, une période où les alliances et les forces politiques sont scrutées avec attention.

M. Girukwishaka, interrogé sur ces spéculations, a déclaré qu'« aucune démarche de réunification n’est actuellement engagée » et que « personne n’a encore pris une telle initiative ». Il a insisté sur l'unité du parti, affirmant avec conviction : « Au sein de notre parti, il n’y a pas de camps. C’est une et seule formation politique avec un leadership légalement reconnu ». M. Girukwishaka a précisé que le CNL n'avait « jamais exclu qui que ce soit, y compris Rwasa », et qu'« il n’y a donc pas de barrière en moins qu’il en crée lui-même ». Il a ajouté que M. Rwasa « a droit à tout ce que les textes du parti prévoient pour un militant qui n’a pas encore perdu sa qualité de membre ». Ces déclarations visent à présenter la position officielle du parti, soulignant une ouverture théorique tout en rejetant l'existence de négociations concrètes.

De son côté, Agathon Rwasa a balayé ces propos, les qualifiant de « blabla », et affirmant n'en être « pas au courant ». Sa réaction ferme met en lumière la profondeur du fossé entre les deux factions. Il a déclaré sans ambages : « Nestor Girukwishaka et compères ont agi par procuration et ils sont sous le contrôle de ceux qui les ont manipulés. » Cette accusation grave suggère une ingérence extérieure dans les affaires internes du parti, compliquant d'autant plus toute tentative de réconciliation. M. Rwasa a conclu qu'un « soi-disant rapprochement ne serait qu’un marché de dupes », rejetant l'idée d'une réunification dans les conditions actuelles. Concernant les élections de 2027, il a indiqué que « le point de repère est à chercher ailleurs », suggérant une approche politique divergente et potentiellement une stratégie indépendante.

Obstacles à la réunification

Un obstacle majeur à toute tentative de réconciliation réside dans le litige judiciaire toujours en cours. L'affaire concernant la désunion d'Agathon Rwasa du parti CNL, qu'il a fondé en 2019, est pendante devant la chambre administrative de la Cour suprême depuis plus de deux ans. Cette situation juridique complexe, qui paralyse toute avancée formelle, complique toute perspective de retour ou de rapprochement officiel. Tant que cette question légale n'est pas résolue, les deux parties restent dans une impasse, rendant difficile la mise en œuvre de toute initiative de réunification.

Selon Kefa Nibizi, analyste politique et président du parti Codebu, la situation actuelle affaiblit les deux entités. M. Nibizi estime que ni Agathon Rwasa, malgré sa base électorale reconnue et son poids politique historique, ni le CNL dirigé par Nestor Girukwishaka, affaibli par des divisions internes et des luttes de pouvoir, ne peuvent espérer dominer seuls la scène politique burundaise avant l'élection présidentielle de 2027. Cette analyse note l'interdépendance des deux camps pour maximiser leurs chances électorales. M. Nibizi estime que les deux entités se trouvent dans une position de faiblesse, ce qui pourrait paradoxalement les inciter à trouver un terrain d'entente à l'approche des élections cruciales.

Perspectives politiques

L'échéance politique majeure pour le Burundi reste l'élection présidentielle, prévue pour 2027. Cette perspective oriente déjà les stratégies des différentes formations politiques et intensifie les débats sur la gouvernance et la légitimité. Le parti CNL a exprimé son souhait de voir cette élection se tenir dans le respect des standards démocratiques, une exigence fondamentale pour la crédibilité du processus. Pour y parvenir, la formation politique insiste sur la nécessité que le scrutin soit organisé par une commission électorale nationale indépendante, à l'abri de toute influence politique. Cette exigence note l'importance que le CNL accorde à la transparence et à la légitimité du processus électoral à venir, considérant une telle commission comme garante de l'équité. L'organisation d'un tel scrutin est perçue comme une condition essentielle pour assurer la crédibilité des résultats et la stabilité politique du pays, des éléments cruciaux après des années de tensions.

Leçons du passé

Le passé politique burundais offre des exemples de divisions aux conséquences électorales souvent préjudiciables pour les partis concernés. En 2008, le parti Frodebu-Nyakuri est né d'une scission du Sahwanya-Frodebu, marquant une rupture significative au sein d'une formation autrefois influente. Cette nouvelle formation n'a pas rencontré le succès escompté lors des élections communales de 2010, les résultats ne confirmant pas l'impact espéré par ses fondateurs. Cet échec électoral a démontré les difficultés inhérentes à la création de nouvelles entités politiques issues de divisions. Sahwanya-Frodebu, le parti d'origine, a également subi une perte d'influence notable à la suite de cette division interne, illustrant comment les scissions peuvent affaiblir l'ensemble du mouvement politique. Ces précédents historiques servent de mise en garde quant aux risques de fragmentation politique à l'approche d'échéances électorales majeures.

Voix et positions

Kefa Nibizi, président du parti Codebu, a affirmé lors d'un entretien le 6 juin 2026 que les deux parties gagneraient à surmonter leurs différends et à privilégier le dialogue aux procédures judiciaires en cours. Il a souligné l'importance de la réconciliation pour l'avenir politique du pays. M. Nibizi a déclaré que « les causes profondes demeurent généralement internes aux partis concernés » et que « la séparation devient parfois brutale mais, la réconciliation est souvent lente. » Cette perspective met en lumière la complexité des dynamiques internes et le temps nécessaire pour panser les plaies.

De son côté, Agathon Rwasa n'envisage pas la réconciliation du parti dans sa forme actuelle, mais propose une conférence nationale. Cette initiative, plus large que la seule question du CNL, viserait à analyser l'état de la gouvernance au Burundi et à redéfinir les perspectives futures du pays dans son ensemble. Cette proposition déplace le débat d'une querelle interne de parti vers une réflexion nationale, suggérant que les problèmes actuels dépassent les simples divergences politiques et nécessitent une approche plus globale pour le bien-être du Burundi.