Les évêques catholiques du Burundi ont tenu leur assemblée plénière ordinaire, un événement majeur dans la vie de l'Église catholique locale, du 1er au 5 juin à Bujumbura. À l'issue de cette réunion importante, la Conférence des Évêques Catholiques du Burundi (CECAB), une institution ecclésiastique influente dirigée par Mgr Joachim Ntahondereye, évêque du diocèse de Muyinga, a publié un communiqué retentissant. Dans ce texte, les évêques appellent avec insistance les autorités gouvernementales, les dirigeants politiques et les institutions judiciaires du pays à prendre des mesures urgentes et concrètes. Ces mesures sont jugées absolument nécessaires pour améliorer de manière significative les conditions de vie des citoyens burundais et garantir le respect effectif des droits fondamentaux dans le pays.
Critiques sur la situation économique
Les évêques alertent avec gravité sur la persistance alarmante des pénuries de carburant, un élément vital pour l'économie et le transport, ainsi que des pénuries de médicaments dans de nombreuses structures de santé à travers le pays, mettant en péril la vie des patients. Ils constatent également la rareté croissante de plusieurs produits essentiels sur les marchés, une situation qui aggrave considérablement la précarité des ménages burundais déjà fragilisés. La Conférence des Évêques Catholiques du Burundi (CECAB) observe par ailleurs que la hausse continue et préoccupante du coût de la vie n'est malheureusement pas accompagnée d'une amélioration correspondante des revenus pour la population, ce qui accentue le fossé entre les dépenses et les capacités financières des ménages.
Selon les évêques, les récoltes agricoles de la dernière saison n'ont pas répondu aux attentes, engendrant des inquiétudes quant à la sécurité alimentaire du pays. Cette sous-performance s'explique principalement par le retard significatif dans la distribution des engrais, un intrant clé pour l'agriculture, et l'irrégularité des précipitations, rendant les efforts des agriculteurs souvent vains. La CECAB déplore enfin la dégradation avancée et généralisée des infrastructures routières à travers le Burundi, ce qui entrave probablement de manière significative le transport et la distribution des biens essentiels, contribuant ainsi aux pénuries et à la hausse des prix.
Exode des compétences et précarité
La Conférence des Évêques Catholiques du Burundi (CECAB) alerte sur l'exode croissant des compétences qui frappe durement le pays. Des professionnels qualifiés et indispensables à la bonne marche de la société, notamment des médecins, des enseignants, des jeunes diplômés universitaires et des fonctionnaires expérimentés, quittent massivement le Burundi. Ces départs en nombre s'expliquent par la recherche légitime de meilleures conditions de vie et de travail à l'étranger, où leurs talents sont mieux valorisés. Cette fuite des cerveaux risque d'affaiblir davantage les secteurs clés du pays, déjà confrontés à des défis importants en termes de ressources humaines et de moyens. La CECAB note l'impact profondément négatif de ce phénomène sur la capacité du Burundi à se développer de manière durable et à offrir des services publics de qualité à sa population. L'organisation religieuse insiste sur la nécessité impérative de créer un environnement propice et attractif pour retenir ces talents précieux et inverser cette tendance actuelle, qui compromet l'avenir du pays.
Atteintes aux libertés fondamentales
Les évêques dénoncent également l'organisation d'activités officielles les dimanches, une pratique qui, selon eux, empêche de nombreux fidèles de participer pleinement aux célébrations religieuses dominicales, un pilier de leur vie spirituelle. La Conférence des Évêques Catholiques du Burundi (CECAB) s'inquiète par ailleurs des contributions financières imposées aux citoyens pour les partis politiques, y compris aux non-membres de ces formations. Cette pratique soulève de sérieuses préoccupations quant à la liberté d'association, le respect des choix individuels et la non-contrainte dans l'engagement politique.
La CECAB s'alarme de la découverte récurrente et troublante de corps sans vie dans diverses régions du pays, sans que les auteurs de ces actes macabres ne soient identifiés ni traduits en justice. Cette situation contribue à instaurer un climat d'insécurité généralisée et d'impunité, selon les évêques, minant la confiance des citoyens dans les institutions. Les prélats dénoncent enfin le maintien en détention prolongée de personnes malgré des décisions judiciaires favorables, telles que des acquittements prononcés par la justice ou la fin de peines déjà purgées. Ces pratiques, qui bafouent les principes élémentaires du droit, portent gravement atteinte aux principes de l'État de droit et à la justice, selon leur communiqué, remettant en question l'intégrité du système judiciaire burundais.
Contexte historique et réactions
Le communiqué des évêques a été rendu public le mardi 9 juin, marquant une nouvelle étape dans les relations parfois tendues entre l'Église et l'État. Une situation similaire avait déjà provoqué des tensions par le passé entre l'Église catholique et le pouvoir burundais, témoignant d'une histoire complexe de dialogue et de confrontation. En septembre 2019, Willy Nyamitwe, alors chef de la communication à la présidence sous l'ancien président Pierre Nkurunziza, avait vivement critiqué certains évêques catholiques, les accusant d'ingérence politique. Il avait déclaré publiquement : « Certains évêques devraient être défroqués car c’est devenu une habitude : à la veille des élections, ils doivent cracher leur venin de haine à travers des messages incendiaires. Pardieu ! Quoi de plus normal puisqu’ils ne sont même pas le modèle de la piété. » Ces déclarations, empreintes d'une forte animosité, soulignent les frictions récurrentes et les désaccords profonds entre l'institution religieuse, perçue comme une voix critique, et les autorités politiques du Burundi, qui tendent à rejeter toute forme d'opposition ou de critique. Ce nouvel appel des évêques s'inscrit donc dans une tradition de prise de position de l'Église catholique face aux défis sociaux et politiques du pays.