Les retraités burundais, gardiens de la mémoire pour la réconciliation nationale

Pierre Claver Ndayicariye : « Votre expérience et votre mémoire constituent un patrimoine précieux pour les générations présentes et futures »
Photo via Iwacu-burundi

Des retraités burundais se sont réunis mardi 2 juin à Gitega avec la Commission Vérité et Réconciliation (CVR) lors d'une rencontre clé visant à briser le silence sur le passé du pays. La CVR cherche à panser les blessures historiques et à orienter la jeunesse vers une paix durable en impliquant ces aînés. Les retraités sont en effet considérés comme les détenteurs d'une mémoire historique unique, selon les déclarations de la CVR. Le président de la CVR, Pierre Claver Ndayicariye, a souligné que l'expérience et la mémoire de ces individus constituent un héritage précieux pour les générations actuelles et futures du Burundi. Cette rencontre, qui s'est déroulée à Gitega, a mis en lumière le rôle central que la CVR attribue aux aînés dans le processus complexe de la réconciliation nationale. En recueillant leurs témoignages et en valorisant leur vécu, la Commission espère établir une vérité historique solide, indispensable pour la construction d'un avenir pacifique.

Un passé violent à assumer

Le Burundi a été marqué par une série d'événements historiques violents, notamment les coups d'État de 1965, l'affaire Ntunguburanye en 1971, l'assassinat du roi Ntare V, les événements sanglants de 1972, les massacres de 1988 et ceux de 1993, ainsi que la guerre civile qui a suivi. La Commission Vérité et Réconciliation (CVR) a souligné que la réconciliation nationale ne pouvait pas s'opérer par l'exclusion ou l'hypocrisie, insistant sur la nécessité pour le pays d'assumer pleinement son passé violent. Cette reconnaissance complète du passé est perçue comme un pilier fondamental pour toute tentative de guérison et de construction d'une paix durable. Ignorer ou minimiser les traumatismes passés ne ferait qu'entretenir les divisions et les rancœurs au sein de la société burundaise.

Angelo Barampama a déploré que l'histoire soit souvent falsifiée à des fins partisanes, ajoutant que les termes Hutu et Tutsi n'avaient pas été inventés par les colonisateurs. Il a également déclaré que « sans la bonne gouvernance où le dirigeant doit rendre compte de ses actions, la réconciliation reste comme un vœux pieux ». Monsieur Barampama a insisté sur l'importance de construire l'avenir sans ignorer le passé. Il a précisé que « l’histoire est dynamique, nous ne pouvons pas rester à méditer seulement sur le passé mais chercher comment arriver à se procurer du pain, la paix et le développement ». Ces propos soulignent l'interdépendance entre la vérité historique, la justice et la gouvernance, comme conditions essentielles à une réconciliation authentique et à un progrès socio-économique. La falsification de l'histoire, selon lui, est un obstacle majeur à la compréhension mutuelle et à la cohésion nationale.

La parole libérée pour guérir

La libération de la parole est considérée comme essentielle pour permettre aux victimes de faire leur deuil, de panser leurs blessures et d'obtenir justice pour les spoliations matérielles subies. La Commission Vérité et Réconciliation (CVR) s'efforce de déconstruire les discours de haine et de proposer des récits d'espoir responsables à la jeunesse burundaise. Cette démarche vise à rompre le cycle de la violence en offrant une plateforme où la vérité peut être exprimée sans crainte, contribuant ainsi à la guérison individuelle et collective. Le rôle de la CVR est donc double : recueillir les témoignages du passé et forger un nouveau discours pour l'avenir.

Pierre Barusasiyeko a déclaré que « aujourd’hui, parler devant la CVR n’est pas un acte de vengeance, c’est un devoir thérapeutique ». Il a également suggéré que si la vérité n'est pas transmise de façon équilibrée aux petits-enfants, « d’autres leur transmettront la haine ». Ces déclarations mettent en évidence l'importance clé de la transmission d'une vérité objective aux jeunes générations pour éviter la perpétuation des conflits. La thérapie par la parole, dans ce contexte, est vue comme un moyen de désamorcer les tensions et de favoriser la compréhension.

Angelo Barampama a affirmé que la vérité et la justice sont indispensables à une véritable réconciliation. Il a souligné que « sans la bonne gouvernance où le dirigeant doit rendre compte de ses actions, la réconciliation reste comme un vœux pieux ». Monsieur Barampama a insisté sur le fait que « l’histoire est dynamique, nous ne pouvons pas rester à méditer seulement sur le passé mais chercher comment arriver à se procurer du pain, la paix et le développement ». Ces propos réaffirment que la réconciliation ne peut être dissociée d'un cadre de bonne gouvernance et d'une perspective de développement, sans quoi elle resterait une aspiration inachevée. La CVR s'engage ainsi à créer les conditions d'un dialogue ouvert et constructif, où les victimes peuvent témoigner et les responsables potentiels sont invités à reconnaître leurs actes.

Perspectives pour une paix durable

L'objectif ultime des efforts de réconciliation est que la vérité historique, sans concession ni mensonge, devienne le fondement inébranlable d'une paix définitive, selon les observateurs. Cette quête de vérité est perçue comme la pierre angulaire sur laquelle pourra être bâtie une société burundaise réconciliée et tournée vers l'avenir. La CVR s'est donné pour mission de documenter les faits, d'identifier les victimes et les responsables, et de proposer des recommandations pour prévenir de futurs conflits.

Laurent Nicimbeshe a affirmé que la responsabilité pénale est personnelle, arguant que le fait de blâmer des groupes ethniques entiers, qu'ils soient Hutu ou Tutsi, piège la jeunesse dans la stagnation. Il a insisté sur le fait que la culpabilité doit être attribuée aux individus, et non à des communautés entières, afin de ne pas stigmatiser les générations futures.

M. Nicimbeshe a déclaré : « Nous enfermons notre jeunesse, nos jeunes dans la stagnation. Assumons notre passé pour que le responsable soit condamné mais pas son fils, sa fille ou son groupe ethnique au lieu de globaliser ce qui risque de toujours faire des ravages. » Cette approche vise à cibler les individus responsables d'actes criminels sans étendre la culpabilité à des communautés entières, ce qui, selon Laurent Nicimbeshe, est essentiel pour permettre aux jeunes générations de se projeter vers l'avenir sans le fardeau des conflits passés. Cette distinction claire entre la responsabilité individuelle et collective est un élément clé pour démanteler les préjugés et les stéréotypes ethniques qui ont alimenté les violences passées.

L'héritage des aînés

Laurent Nicimbeshe, âgé de 73 ans, reconnaît le passé sombre du Burundi mais met en garde contre le fait de s'y attarder au point que cela consume tout le temps et l'intelligence. « Nous enfermons notre jeunesse, nos jeunes dans la stagnation », a déclaré M. Nicimbeshe. Il a ajouté qu'il est nécessaire d'assumer le passé « pour que le responsable soit condamné mais pas son fils, sa fille ou son groupe ethnique au lieu de globaliser ce qui risque de toujours faire des ravages ». Cette approche vise à permettre aux jeunes générations de se construire un avenir sans le poids des conflits passés. Les aînés, par leur sagesse et leur expérience, sont ainsi appelés à jouer un rôle de passeurs de mémoire, non pas pour entretenir la haine, mais pour éclairer le chemin vers une réconciliation profonde et durable. La contribution des retraités, en tant que dépositaires d'une mémoire historique vivante, est donc jugée indispensable pour que le Burundi puisse tourner la page de son passé douloureux et bâtir une société plus juste et apaisée.