L'inquiétante montée des enfants des rues à Gitega

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Au crépuscule, des dizaines d'enfants des rues sont visibles à Gitega, arpentant les abords des boutiques fermées et le long des routes, devenant une présence de plus en plus marquante dans la ville. Ces jeunes sont confrontés à des conditions de vie extrêmement difficiles. Ils luttent quotidiennement contre une pauvreté écrasante, le manque chronique de nourriture et subissent des mauvais traitements réguliers. Cette situation alarmante met en lumière les défis complexes auxquels font face les autorités locales et les organisations humanitaires pour protéger cette population particulièrement vulnérable. La présence croissante de ces enfants, souvent livrés à eux-mêmes, soulève de sérieuses questions sur la protection de l'enfance et l'impact social de cette précarité.

Causes profondes de la misère

La majorité de ces enfants ne sont pas nés à Gitega, mais proviennent de communes rurales et de provinces frontalières, selon les observations recueillies sur le terrain. L'afflux continu de jeunes depuis ces régions contribue de manière significative à l'augmentation de la population d'enfants des rues dans la capitale politique burundaise. Parallèlement, l'efficacité des programmes de réinsertion de ces jeunes s'est avérée presque nulle sur le terrain, ne permettant pas de réduire durablement leur nombre dans les rues. Sous l'influence de substances, la violence parmi ces jeunes s'intensifie, se manifestant par des vols de téléphones portables ou de sacs à main la nuit, créant un sentiment d'insécurité grandissant pour les habitants de Gitega. Ces éléments combinés aggravent la précarité de leur situation, les enfermant dans un cycle de survie difficile.

Routine quotidienne et criminalité

La routine de ces enfants commence souvent par la mendicité ou des petits vols dès le matin, une nécessité pour assurer leur subsistance. Avec l'argent ainsi obtenu, ils s'adonnent ensuite à des jeux de hasard, une activité qui, bien que risquée, est une part intégrante de leur quotidien, offrant parfois un espoir éphémère de gain.

Ces jeunes sont également impliqués dans des actes de criminalité plus organisés et audacieux. Ils s'accrochent fréquemment aux poids lourds ralentissant ou stationnés le long des routes, profitant de ces opportunités pour dérober des marchandises. En particulier, ils coupent les bâches de protection des camions de transport, forcent les serrures des conteneurs et subtilisent le contenu, souvent des denrées ou des biens de valeur. Ces actions, bien que dangereuses, sont perçues comme un moyen de survie dans un environnement où les options légales sont rares.

Réactions et programmes d'aide

L'administration provinciale a lancé il y a quelques mois un programme de réinsertion destiné aux enfants des rues, reconnaissant l'urgence de la situation. Cette initiative vise à offrir une alternative à leur vie dans la rue, en tentant de briser le cycle de la précarité. Le programme cherche à identifier les jeunes concernés et à les accompagner vers une réintégration sociale et familiale, leur proposant des structures d'accueil temporaires et des opportunités de formation professionnelle. Les autorités locales espèrent ainsi réduire le nombre d'enfants livrés à eux-mêmes dans les rues de Gitega et améliorer leurs conditions de vie, malgré les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre effective de ces mesures.

Témoignages et perspectives

Fabien, un garçon de 13 ans originaire de Nyabikere, dans la province de Karusi, a déclaré avoir fui son domicile après avoir été quotidiennement battu et privé de nourriture par sa belle-mère, illustrant les drames familiaux qui poussent ces jeunes à la rue. Ces jeunes survivent souvent grâce à des activités précaires et parfois illégales. Ignace Nduwayezu a ainsi expliqué qu'il achète de la nourriture et du cannabis avec 2 000 FBu lorsqu'il gagne aux jeux de hasard, précisant avec une franchise désarmante : « Quand je gagne 2 000 FBu, j’achète de la nourriture et du chanvre pour mieux dormir le soir. » Cette déclaration note la dure réalité de leur quotidien et les mécanismes d'adaptation qu'ils développent. De manière surprenante, l'Office Burundais des Recettes (OBR) exige le paiement de taxes sur les marchandises volées, y compris celles en transit ou non dédouanées, une pratique qui complique davantage la situation et met en lumière les aberrations du système.

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