À Karusi, l'autosuffisance économique et le développement local sont devenus des priorités pour les habitants, surpassant souvent les préoccupations politiques. Espérance Kecuru, une mère de cinq enfants âgée de 40 ans et résidente de la zone de Marenga, illustre cette tendance. Elle est agricultrice et vendeuse de bananes mûres. Le secteur agricole dans la région a fait face à des perturbations, notamment en raison d'un manque d'accès aux engrais nécessaires, rendant la pratique de l'agriculture coûteuse à cause de la pénurie d'engrais chimiques et de la diminution des terres arables.
Espérance Kecuru a déclaré que "sur notre colline, la récolte des haricots n’a pas été bonne à cause des changements climatiques. Presque tous les champs ont été touchés par la sécheresse. Je serai obligée d’acheter le haricot au marché alors que j’en avais cultivé dans mes champs." Elle a adapté son activité en se tournant vers la vente de bananes. Elle réalise désormais un bénéfice journalier de 3 000 à 5 000 BIF par panier de bananes mûres vendu. "J’ai commencé avec un prêt de 20 000 BIF. Aujourd’hui, je peux réaliser un bénéfice journalier de 3 000 à 5 000 BIF par panier de bananes mûres vendues. J’ai déjà remboursé ce prêt et je travaille désormais avec mon propre capital," a-t-elle précisé. Elle déplore voir des femmes mendier alors qu'elles sont "capables de travailler", soulignant le potentiel du travail rémunéré. Selon elle, "chez nous, un cultivateur journalier perçoit entre 8 000 et 10 000 BIF par jour. Cet argent peut contribuer à résoudre certains problèmes du ménage et améliorer les conditions de vie de la famille."
Défis agricoles et économiques
La récolte de haricots dans la zone de Marenga a été compromise par les aléas climatiques, ayant touché la quasi-totalité des champs, notamment en raison de la sécheresse. Espérance Kecuru, résidente de la zone, a indiqué que « sur notre colline, la récolte des haricots n’a pas été bonne à cause des changements climatiques. Presque tous les champs ont été touchés par la sécheresse. Je serai obligée d’acheter le haricot au marché alors que j’en avais cultivé dans mes champs. » Cette situation a poussé certains habitants à s'adapter face aux difficultés économiques.
Dans ce contexte, Espérance Kecuru a développé une activité de commerce en débutant avec un prêt de 20 000 BIF. Elle a précisé : « J’ai commencé avec un prêt de 20 000 BIF. Aujourd’hui, je peux réaliser un bénéfice journalier de 3 000 à 5 000 BIF par panier de bananes mûres vendues. J’ai déjà remboursé ce prêt et je travaille désormais avec mon propre capital. » Elle a également déploré la situation de certaines femmes, affirmant : « Je rencontre parfois des femmes dans la rue en train de mendier alors qu’elles sont capables de travailler. »
Les opportunités d'emploi rémunéré représentent une solution pour de nombreux ménages. Un cultivateur journalier, par exemple, perçoit entre 8 000 et 10 000 BIF par jour. Espérance Kecuru a souligné l'impact de ces revenus : « Cet argent peut contribuer à résoudre certains problèmes du ménage et améliorer les conditions de vie de la famille. » Les récoltes ont été très faibles pendant deux saisons consécutives, une situation attribuée en partie à la pénurie d'engrais.
Parallèlement aux défis agricoles, certains projets locaux sont confrontés à des coûts importants. Le pavage et la cimentation du site de lavage de voitures, par exemple, représentent des dépenses significatives. Ces investissements sont nécessaires pour le développement des infrastructures locales et la création d'opportunités économiques, mais leur financement constitue un enjeu majeur pour les communautés concernées.
Initiatives féminines et associatives
Les associations d'épargne et de crédit, intégrées au projet Tuburura, ont contribué au développement du quartier, où les femmes constituent la majorité des membres. La suspension de la boisson alcoolisée « Kick » a eu des effets positifs, entraînant une réduction des comportements destructeurs et une augmentation de la participation aux travaux de développement communautaire. Suavis Ntakarutimana, originaire de la colline de Nyarugari, a déclaré que « les récoltes sont très mauvaises depuis deux saisons consécutives. Et lorsqu’il n’y a pas de récolte, il n’y a pas d’argent. » Elle a également ajouté : « Nous sommes souvent obligés de puiser de l’eau dans les marais. Cela complique énormément notre quotidien avec le risque d’attraper les maladies des mains sales. »
Vénancie Kaneza, membre de la coopérative « Turemeshanye » dans la zone de Mugari, a souligné l'importance des initiatives collectives. « Les femmes ont compris l’importance des coopératives pour leur autonomisation. Nous travaillons principalement dans l’agriculture et l’élevage », a-t-elle expliqué, précisant que « grâce à cette solidarité, nos conditions de vie se sont améliorées et les violences basées sur le genre ont considérablement diminué. » Suavis Ntakarutimana a insisté sur le fait que « le développement commence sur les collines. Pendant la période électorale, nous devons rester unis malgré nos différences politiques. »
Certaines femmes de la commune de Karusi dénoncent des hommes qui prennent de nouvelles épouses et abandonnent leur foyer, entravant ainsi le développement familial. Marie-Jeanne Karenzo, victime d'abandon par son mari qui vit avec une autre femme dans la zone de Karusi, a témoigné : « Je fais face à de nombreuses difficultés causées par mon époux depuis plusieurs années. Nous ne nous entendons plus ni sur la gestion du foyer ni sur l’éducation des enfants. » Elle a ajouté : « Chaque fois, nous nous chamaillons. Cette situation affecte non seulement notre relation mais aussi nos enfants qui grandissent dans un climat de tension. » Son mariage, enregistré dans la zone de Buhiga à 12 km de là, n'a pas été officiellement dissous. Marie-Jeanne Karenzo a affirmé : « Les conflits familiaux freinent le développement des familles. En ce qui me concerne, si mon mari ne m’avait pas traitée de cette manière, je serais aujourd’hui à même de subvenir aux besoins de mes enfants. »
Anésie Niragira, cheffe du quartier de Rubimba dans la zone de Nyamugari, a déclaré : « Même si ces violences sont devenues moins fréquentes, elles existent encore. Les femmes doivent prendre les devants pour se protéger et défendre leurs droits. » Elle a conclu que « cela contribuera à la lutte contre les violences basées sur le genre. » Les membres d'une association ont appris la couture à Gitega et ont reçu un soutien initial des ONG Africare et Action Aid. Pierre Nerekuburundi, un tailleur en situation de handicap, a sept enfants et subvient aux besoins de sa famille grâce à son travail. Il a précisé : « J’ai sept enfants et ils sont tous nourris grâce à ce métier. »
Entrepreneuriat et emploi des jeunes
N.B. Un individu ayant requis l'anonymat, collabore avec des entreprises de téléphonie mobile à Karusi, une activité qui s'inscrit dans un contexte où de nombreux jeunes de la région partent chercher du travail dans d'autres localités ou pays, notamment la Tanzanie. Jean-Claude Ndayishimiye, un maçon de 20 ans originaire de la colline de Buhinyuza, a souligné les difficultés rencontrées dans le secteur agricole. « Aujourd’hui, pratiquer l’agriculture coûte très cher, notamment à cause de la pénurie des engrais chimiques et du rétrécissement des terres agricoles qui nous poussent parfois à les louer », a-t-il déclaré. Il a ajouté qu'en tant que maçon, il est contraint de travailler ailleurs, car « presque tous les jeunes d’ici partent dans d’autres régions à la recherche de l’emploi. » N.B. A également exprimé des préoccupations quant à la lenteur de la concrétisation des engagements : « Les engagements liés à l’accompagnement électoral et à l’accès aux financements tardent à se matérialiser. »
Face à ces défis, des initiatives émergent, comme celle d'Emery Nzeyimana, président de l'association « Abasangirangendo », créée en 2003. Cette association regroupe 48 membres vivant avec un handicap. M. Nzeyimana a expliqué leur philosophie : « Nous avons choisi le travail au lieu de mendier. » Il a précisé que « la plupart de ces personnes nous étaient envoyées par l’ancien ministère de la Solidarité. »
Nadine Inantore, 45 ans, ancienne infirmière, gère la seule station de lavage de voitures de la commune de Karusi. Son projet a bénéficié d'un financement du Programme d’autonomisation économique et d’emploi des jeunes (PAEEJ) en 2023. Elle a témoigné des réactions initiales : « Au début, voir une femme gérer une station de lavage automobile paraissait étrange aux yeux de beaucoup de gens. Avec mon initiative, les propriétaires des véhicules ont été soulagés de ne plus devoir parcourir plusieurs kilomètres pour faire laver leurs voitures. » La station de lavage génère entre 7 000 et 10 000 francs burundais par véhicule. Un service de lavage premium à haute pression est proposé, moyennant un supplément de 3 000 francs. « Les clients qui optent pour ce service paient 3 000 francs de plus qu’un lavage manuel », a-t-elle précisé.
Dix jeunes travaillent actuellement au sein de la station de lavage de Nadine Inantore. « Aujourd’hui, dix jeunes travaillent ici grâce à ce projet », a-t-elle affirmé, ajoutant qu'une employée en situation de handicap « contribue à l’activité et perçoit une rémunération comme les autres travailleurs. » Nadine Inantore envisage d'étendre son entreprise pour inclure un garage complet avec un stock de pièces détachées. « C’est le début de mon projet de garage. Pour le moment, je rembourse encore le prêt du PAEEJ. Une fois cette étape franchie, je pourrai développer davantage l’activité », a-t-elle expliqué. Elle a également exprimé ses motivations personnelles : « Je veux investir dans tout ce qui peut améliorer les conditions de vie de ma famille et offrir un meilleur avenir à mes enfants. » Le pavage et la cimentation du site représentent des coûts importants, mais elle reste optimiste : « Le pavage et la cimentation du site coûtent très cher. Mais, après le remboursement du prêt, je suis convaincue que j’y arriverai. »
Contexte politique et social
Sur le plan politique, les partis CNDD-FDD, CNL et Uprona sont les plus visibles sur le terrain à Karusi. Ces dynamiques côtoient les réalités éducatives locales. Odillon Habayeho, étudiant en agronomie à l'Institut technique agricole du Burundi (ITAB) à Karusi, a exprimé des préoccupations concernant la formation pratique. « On nous enseigne l’agriculture mécanisée et l’utilisation des machines agricoles mais sans pratique. Je vais bientôt terminer mes études et, jusqu’à présent, je n’ai jamais vu ces machines », a-t-il déclaré. Il a également soulevé des inquiétudes sur le niveau linguistique des étudiants : « Aujourd’hui, certains étudiants terminent leurs études sans être capables de s’exprimer correctement en français. C’est préoccupant. »