Au Burundi, des réseaux locaux sont accusés de faire obstacle à la restitution des terres et de menacer les revenus des rapatriés, selon des témoignages recueillis. Cette situation alarmante met en lumière les défis persistants auxquels sont confrontés les Burundais de retour dans leur pays. De nombreux rapatriés affirment vivre dans la peur de retrouver leurs terres occupées, de subir des intimidations ou de faire face à des accusations politiques lorsqu’ils tentent de reprendre possession de leurs biens légitimes. Cette situation complexe affecte profondément les efforts de réintégration des populations rentrées au pays, menaçant leur capacité à reconstruire une vie stable après des années d'exil. La restitution des terres est en effet un pilier essentiel de leur réinsertion économique et sociale.
Nouveaux lieux d'installation
Une partie importante des réfugiés burundais de retour de Tanzanie ne regagne pas ses communes ou provinces d’origine, selon des observations récentes. Cette tendance révèle une méfiance ou une incapacité à retourner dans leurs régions d'origine, potentiellement due aux mêmes problèmes de spoliation foncière ou à des craintes sécuritaires. Ces rapatriés choisissent plutôt de s’établir dans des zones spécifiques du pays, souvent pour des raisons pratiques ou de sécurité perçue.
Beaucoup d'entre eux optent ainsi pour des communes frontalières telles que Nyanza, Makamba et Giharo. D'autres s'installent dans certaines localités de Musongati, situées dans la province de Burunga, dans le sud du Burundi, une région qui borde la Tanzanie. Ce schéma d'installation suggère une préférence marquée pour des zones proches de leur pays d'exil initial, possiblement pour maintenir des liens transfrontaliers ou parce que ces régions offrent de meilleures opportunités de réinstallation face aux difficultés rencontrées ailleurs. Cette concentration dans des zones spécifiques peut également créer de nouvelles pressions sur les ressources locales.
Accusations contre les autorités
Plusieurs rapatriés accusent ouvertement des responsables administratifs locaux, des cadres influents du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, ainsi que des agents du Service national de renseignement (SNR) d’avoir tiré profit de leur exil. Ces allégations soutiennent que ces individus se sont approprié des biens fonciers appartenant aux exilés ou ont activement empêché la restitution de ces propriétés à leurs propriétaires légitimes à leur retour. Ces accusations interviennent alors que de nombreux Burundais rentrent au pays après avoir fui des troubles passés, cherchant désespérément à récupérer leurs terres et leurs moyens de subsistance. Les rapatriés se retrouvent confrontés à des difficultés considérables pour réintégrer leurs communautés d'origine et reprendre possession de leurs biens, exacerbant les tensions locales et prolongeant leur vulnérabilité. La perception d'une implication des autorités rend la situation particulièrement délicate et complexe à résoudre.
Contexte du rapatriement forcé
Le camp de Nduta, qui abritait plus de 76 000 réfugiés il y a quelques années, a été définitivement fermé le 30 avril dernier. Cette fermeture est intervenue à la suite d’un accord tripartite entre les gouvernements burundais et tanzanien, et le HCR. De même, le camp de Nyarugusu, qui accueille encore environ 22 000 réfugiés burundais et plus de 88 000 réfugiés congolais, devrait fermer d’ici fin juillet pour sa population burundaise. Ce mouvement de rapatriement massif est loin de faire l'unanimité. Plusieurs organisations de défense des droits humains et des réfugiés dénoncent ce processus, le qualifiant de forcé. Elles estiment qu’il serait contraire aux dispositions de la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés, qui garantit le principe de non-refoulement et le retour volontaire dans des conditions de sécurité et de dignité. La fermeture de ces camps accentue la pression sur les rapatriés pour qu'ils se réinstallent, souvent sans garanties suffisantes pour la récupération de leurs biens.
Témoignages et inquiétudes
Des rapatriés qui tentent de récupérer leurs propriétés foncières seraient confrontés à des menaces et à des convocations répétées devant les autorités locales, créant un climat de peur et d'incertitude. Certains d'entre eux feraient également face à des accusations en lien avec la crise politique de 2015, selon des témoignages recueillis, ce qui complique davantage leur situation juridique et sociale. Cette crise avait été déclenchée par le troisième mandat controversé de feu le président Pierre Nkurunziza et avait poussé près d’un demi-million de Burundais à l’exil. Ces obstacles administratifs, juridiques et sécuritaires compliquent considérablement la réintégration des rapatriés et leur accès à leurs biens légitimes, exacerbant les tensions au sein des communautés et entravant la réconciliation nationale. Les intimidations et les accusations politiques créent un environnement hostile qui dissuade de nombreux rapatriés de faire valoir leurs droits.