Retour des 'boissons maudites' à Gitega : soulagement des consommateurs, colère des commerçants

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À Gitega, la scène est redevenue familière : des billets de 500, 1000 ou 2000 francs burundais suffisent de nouveau à acheter des « Kick » ou de petites bouteilles en plastique transparent dans les magasins, boutiques et débits de boisson de la ville. Ce retour marque la fin d'une interdiction qui avait été motivée, selon l'argument avancé par les autorités, par la volonté de préserver la santé publique face à des boissons frelatées qui, disait-on, ravageaient la jeunesse locale. Cependant, la version officielle de l'administration locale pour expliquer ce revirement rapide et inattendu n'a pas été obtenue, laissant planer des interrogations sur les raisons de cette volte-face.

Le retour inattendu des alcools bon marché

La petite bouteille en plastique est devenue, pour de nombreux habitants de Gitega, le seul recours pour les consommateurs disposant de budgets serrés. Cette dépendance s'explique par l'augmentation marquée des prix des bières industrielles classiques, rendant ces dernières inaccessibles pour une partie significative de la population. Cette situation économique contraint ainsi une frange des consommateurs à se tourner vers ces alternatives moins onéreuses, malgré les controverses passées. Le retour de ces boissons, bien que source de soulagement pour les consommateurs à faibles revenus, n'est pas sans susciter des réactions mitigées.

Souvenirs amers des saisies et destructions

Il y a quelques mois seulement, le scénario était tout autre. Des opérations conjointes menées par l'administration locale et les forces de l'ordre avaient terrorisé vendeurs et consommateurs. Ces raids musclés ciblaient sans distinction les points de vente et les individus, entraînant la destruction systématique de bouteilles sur place et la saisie de caisses entières de marchandises. Salvator Nimbona, un grossiste bien connu établi près du marché central de Gitega, a été l'une des victimes directes de ces actions. Il a vu l'intégralité de sa marchandise confisquée par la police il y a deux mois. « Ils m’ont laissé un procès-verbal en bonne et due forme avec mon nom ainsi que le volume embarqué comme s’ils venaient de débusquer des marchandises de la contrebande », a-t-il déclaré, exprimant son amertume. Il ajoute, avec une pointe d'ironie : « Si la mesure d’interdiction est levée, qu’on nous ramène nos stocks ! » Durant toute cette période de répression, les usines de fabrication de ces boissons, situées à Bujumbura, Kayanza et Ngozi, n'auraient jamais cessé leur production, alimentant les doutes sur l'efficacité réelle de l'interdiction.

Soupçons de corruption et de revente illégale

Face à ce retour soudain, des commerçants expriment ouvertement leurs craintes et leurs soupçons quant au sort des marchandises confisquées. Ils suspectent fortement que les stocks saisis lors des opérations passées sont toujours entreposés dans les bureaux des entités administratives locales et des services de police. Ces mêmes commerçants redoutent également que ces biens ne soient revendus « sous le manteau » par ceux-là mêmes qui les avaient confisqués, créant ainsi un marché parallèle et illégal au détriment des vendeurs honnêtes.

Réactions mitigées des commerçants et des consommateurs

Malgré le retour de ces boissons sur le marché, leurs prix ont légèrement augmenté, ajoutant une nouvelle contrainte pour les consommateurs déjà fragilisés. Pour des commerçants comme Salvator Nimbona, l'impact des saisies passées est toujours lourd. Ce grossiste déplore sa situation actuelle, accablé par une dette bancaire de plusieurs millions de francs, contractée pour son commerce désormais en péril. « Ils m’ont laissé un procès-verbal en bonne et due forme avec mon nom ainsi que le volume embarqué comme s’ils venaient de débusquer des marchandises de la contrebande », répète-t-il, soulignant l'injustice perçue. Il ajoute, exprimant son désarroi et sa frustration : « Si la mesure d’interdiction est levée, qu’on nous ramène nos stocks ! » Cette demande, partagée par d'autres commerçants ayant subi des pertes similaires, note l'impact financier direct et durable des saisies arbitraires sur leur subsistance et leur activité économique. Le soulagement des consommateurs contraste ainsi avec la colère et l'amertume des commerçants qui peinent à se relever des mesures passées. ---