Boissons alcoolisées locales : une menace croissante pour la santé publique au Burundi

Kabasazi, au quartier Birimba, en commune de Rumonge, dans le sud-ouest du Burundi. L’endroit est réputé pour la vente de boissons fortement alcoolisées.
Photo: SOS Médias Burundi via Sosmediasburundi

La prolifération de boissons alcoolisées locales à bas coût et à forte teneur en alcool représente une préoccupation majeure pour la santé publique au Burundi, touchant particulièrement les jeunes. Ce phénomène alarmant s'intensifie, soulevant des inquiétudes profondes quant à ses répercussions sur la population. Ces boissons, de fabrication artisanale ou semi-industrielle, gagnent du terrain dans plusieurs quartiers de Bujumbura, notamment à Kamenge et Kinama, ainsi que dans diverses provinces comme Gitega, Butanyerera et Rumonge. Leur succès s'explique par leur faible coût et leur teneur élevée en alcool, les rendant particulièrement accessibles à une large frange de la population. Ce phénomène n'est pas confiné à la capitale économique et s'étend progressivement à l'ensemble du pays, alimentant une inquiétude croissante parmi les autorités sanitaires et administratives. Initialement observé majoritairement chez les hommes, ce problème de santé publique affecte désormais également les femmes et les jeunes, élargissant ainsi la portée de ses conséquences néfastes sur la société burundaise. La facilité d'accès et le prix dérisoire de ces produits contribuent à leur popularité grandissante, malgré les risques avérés pour la santé.

L'accessibilité des alcools forts

Selon des vendeurs des marchés de Kamenge et Kinama, situés dans le nord de Bujumbura, diverses liqueurs et vins doux fortement alcoolisés, de production locale, sont très consommés, particulièrement par les jeunes. L'avantage principal de ces boissons réside dans leur accessibilité financière, un facteur déterminant pour de nombreux consommateurs. Leur prix est nettement inférieur à celui des boissons industrielles produites par Brarudi, la seule brasserie du pays, ce qui les rend d'autant plus attractives. Cette différence de coût crée un déséquilibre sur le marché, poussant une partie de la population vers des alternatives moins chères mais plus dangereuses.

Certaines bouteilles de moins de 30 centilitres contiendraient jusqu'à 40 degrés d'alcool, provoquant des effets rapides, intenses et parfois dangereux chez les consommateurs. Cette forte teneur en alcool et le faible coût contribuent à leur popularité, en dépit des risques sanitaires considérables. Les commerçants de ces marchés observent une demande constante pour ces produits abordables, qui s'inscrivent dans un contexte de consommation d'alcool en augmentation parmi les jeunes burundais. L'attrait pour ces boissons est également alimenté par une perception erronée de leur innocuité ou par une méconnaissance des dangers qu'elles représentent.

Conséquences sanitaires et sociales dévastatrices

Le phénomène des boissons alcoolisées locales ne se limite pas aux problèmes de santé, mais englobe également des réalités sociales profondes, entraînant une diminution de la productivité au sein des communautés, des abandons scolaires préjudiciables à l'avenir des jeunes, la désintégration familiale, la violence domestique et une augmentation des comportements à risque. Ces conséquences multiformes touchent l'ensemble du tissu social. Des situations dramatiques sont régulièrement rapportées, telles que des mères abandonnant l'allaitement en raison de l'alcoolisme, des jeunes et des hommes se tournant vers le banditisme pour subvenir à leurs besoins ou financer leur dépendance, et des violences conjugales parfois mortelles conduisant à des meurtres ou à des ruptures familiales irréparables. La consommation excessive de ces boissons peut entraîner des conséquences graves et durables, notamment la dépendance à l'alcool, des maladies du foie souvent irréversibles, des troubles mentaux sévères, des comportements violents et agressifs, des accidents de la route ou domestiques, une réduction significative des performances scolaires et professionnelles, ainsi qu'une augmentation de la pauvreté des ménages, piégeant les familles dans un cercle vicieux. Le danger est accentué par les conditions de production, un grand nombre de ces boissons étant fabriquées sans contrôle strict de l'hygiène et des normes sanitaires, ce qui accroît considérablement les risques pour les consommateurs, les exposant à des substances toxiques ou à des infections.

Réactions des autorités et mesures prises

Face à l'ampleur de ce problème de santé publique, plusieurs administrations locales ont déjà procédé à la saisie et à l'interdiction de certaines boissons jugées dangereuses pour la santé publique. Ces actions ciblées visent à retirer du marché les produits les plus nocifs. Les autorités nationales, conscientes de la gravité de la situation, émettent des avertissements réguliers et exhortent les responsables administratifs à accroître leur vigilance et à renforcer les contrôles, considérant la prolifération de ces produits comme une menace sérieuse non seulement pour la santé publique mais aussi pour la stabilité sociale du pays. Le Bureau burundais de normalisation et de contrôle de la qualité (BBN) a été mandaté pour renforcer les contrôles auprès des fabricants et des distributeurs de ces boissons, afin de garantir le respect des normes de production et d'hygiène. Dans certaines localités, des descentes ont été menées dans les commerces afin de retirer ces produits du marché, accompagnées d'ultimatums adressés aux commerçants pour qu'ils cessent la vente de ces articles non conformes. Ces actions visent à endiguer la consommation de ces alcools artisanaux dont la production échappe souvent aux normes sanitaires et de qualité, protégeant ainsi la population des dangers immédiats et à long terme. La collaboration entre les différentes instances administratives et sanitaires est essentielle pour une lutte efficace contre ce fléau.