Au Burundi, une commission d'enquête sur la surpopulation carcérale est mise en place alors que le pays compte actuellement onze prisons réparties sur l'ensemble du territoire national. Vianney Ndayisaba, représentant légal et coordinateur de l'Association de lutte contre le chômage et la torture (Aluchoto), a fait une déclaration à ce sujet lors d'une conférence de presse tenue le vendredi 22 mai 2026 à Bujumbura. Les prisons burundaises affichent un surplus de plus de 300 % de détenus par rapport à leur capacité d'accueil au niveau national, une situation jugée intenable par de nombreux observateurs. Cette réalité alarmante justifie la création de cette commission, dont la mission sera d'examiner en profondeur les causes et les solutions à cette crise humanitaire et judiciaire.
État alarmant des prisons burundaises
Les prisons burundaises hébergent actuellement plus de 19 000 détenus, alors que leur capacité d'accueil avoisine les 4 000 places. Cette disproportion représente un taux de surpopulation carcérale de 300 % à l'échelle nationale, soulignant l'ampleur de la crise. Plusieurs établissements pénitentiaires sont particulièrement affectés par cette situation.
Selon les chiffres disponibles, la prison centrale de Mpimba connaît un taux d'occupation de 526 %, ce qui en fait l'une des plus surpeuplées du pays. La prison pour hommes de Ngozi affiche quant à elle une capacité occupée à 459 %, tandis que celle de Gitega atteint un taux de 300 % de sa capacité. La prison de Rutana enregistre un taux de 377 % d'occupation, et celle de Ruyigi est occupée à 263 % de sa capacité. La prison de Muyinga présente un taux de 201 %.
D'autres établissements montrent également des signes de surpopulation préoccupants. La prison de Rumonge est à 183 % de sa capacité, tandis que les prisons de Bururi et Bubanza sont respectivement à 124 % et 107 %. Enfin, la prison de Muramvya est à 108 % d'occupation. Seule la prison pour femmes de Ngozi se distingue en fonctionnant à 80 % de sa capacité, constituant une exception notable dans un tableau général sombre. Ces statistiques détaillées mettent en lumière la pression immense qui pèse sur le système carcéral burundais, rendant les conditions de détention extrêmement difficiles pour les milliers de personnes incarcérées.
Causes profondes du surpeuplement carcéral
Le surpeuplement des prisons burundaises trouve ses origines dans plusieurs facteurs identifiés par Aluchoto. Parmi eux figurent des détenus ayant purgé leur peine mais n'ayant pas été libérés, prolongeant ainsi leur séjour en détention au-delà du cadre légal. Ces cas, souvent dus à des lenteurs administratives ou à des oublis, contribuent significativement à l'engorgement des cellules.
D'autres situations concernent des individus accusés à tort de viol, conduisant à des incarcérations injustifiées qui alourdissent inutilement la population carcérale. Des affaires pénales découlant de litiges familiaux, qui pourraient souvent être résolues par des mécanismes de médiation ou des peines alternatives, contribuent également à l'engorgement des établissements pénitentiaires.
Enfin, l'ingérence de personnes influentes est également citée comme une cause majeure de détentions illégales, ajoutant à la population carcérale des personnes incarcérées sans motif légitime ou en violation des procédures établies. Ces éléments convergent pour créer une situation critique de surpopulation, où les droits fondamentaux des détenus sont souvent bafoués.
Propositions pour la résolution de la crise
Face à cette situation, l'Association de lutte contre le chômage et la torture (Aluchoto) a formulé des propositions concrètes pour remédier à la situation et désengorger les prisons. Aluchoto suggère notamment la mise en place d'une commission spéciale, ouverte et multipartite, avec pour mission d'examiner attentivement les dossiers des détenus un par un, cas par cas. Cette approche méticuleuse viserait à identifier les irrégularités, les détentions arbitraires et les personnes ayant déjà purgé leur peine, afin d'accélérer les procédures de libération pour les personnes maintenues illégalement en détention.
L'organisation insiste également sur l'importance clé de l'indépendance de la justice pour résoudre durablement ces problèmes. Selon Aluchoto, une justice indépendante permettrait aux magistrats et procureurs burundais d'exercer leurs fonctions sans ingérence politique ou autre, garantissant ainsi le respect des procédures légales, la protection des droits des détenus et l'équité des jugements. Pour que tous ces problèmes soient résolus efficacement, l'indépendance de la justice est perçue comme la pierre angulaire permettant aux acteurs judiciaires de faire leur travail dans le respect de la loi.
Engagement ministériel et perspectives de justice
Le ministre de la Justice, des Droits de l'Homme et du Genre, Alfred Ahingejeje, a présenté un rapport détaillé devant le Parlement burundais, reconnaissant l'urgence de la situation. Lors de cette présentation, il s'est engagé fermement à désengorger toutes les prisons du Burundi dans un délai de deux mois, a-t-il affirmé. Cet engagement ministériel, s'il est tenu, représenterait un pas significatif vers l'amélioration des conditions de détention et le respect des droits humains dans le pays. La mise en œuvre de cette promesse nécessitera une collaboration étroite entre les différentes institutions judiciaires et administratives, ainsi qu'une volonté politique forte pour surmonter les défis structurels et les résistances éventuelles.